ON NE VA PAS TOUT DE MEME LES PLAINDRE !

Actuellement, l’actualité se focalise sur les déboires économiques des maisons de disques. Depuis des années,
elles se sont enrichies sur le dos des artistes. Train de vie démentiel, sièges sociaux au luxe excessif, effectifs
pléthoriques, promotions démesurées pour certains artistes… Bref, une prospérité, une opulence maintenant remise
en cause par la chute vertigineuse du marché du disque …, enfin, des CD.
Selon les Majors (maisons de disques), la piraterie est la cause première de cette situation alarmante. En effet, plus
de 3 millions d’internautes téléchargent gratuitement les œuvres musicales. Le pillage des oeuvres est considéré
comme un véritable fléau paraît-il.
Certes, la pratique du téléchargement illégal n’est pas étrangère à la baisse des ventes, mais une autre raison bien
plus évidente, réfutée comme il se doit par les maisons de disques, est le prix de vente démesuré des CD.
Puisque la musique peut être téléchargée, comment alors s’étonner d’un tel engouement des consommateurs, qui se
constituent ainsi gratuitement, une collection de chansons ou de morceaux musicaux.
Il y a bien évidemment d’autres raisons à cet effondrement des ventes : l’uniformité de la musique, le « formatage » des
artistes et l’essoufflement des rééditions des morceaux anciens enregistrés sur les « vinyles », il y a bien des années.
Soit dit en passant, amorties depuis longtemps, les chansons rééditées sur le support numérique, sont vendues à des
prix scandaleux. A force de trop tirer sur la ficelle, elle finit par céder. Les maisons de disques paient ainsi leurs excès.
Le téléchargement des œuvres musicales, tant décrié, a sans doute des conséquences néfastes sur les méventes des CD,
mais l’industrie phonographique s’en sert de prétexte pour masquer sa politique de prix excessive et son manque de
prévoyance pour ne pas avoir anticipé ce mouvement annoncé.
Alors pour faire face à cette situation commerciale catastrophique et combattre avec fermeté ce fléau, les Majors nous
font peur : ils promettent d’assigner en justice le citoyen lambda, surpris en train de télécharger.
Quelle hypocrisie ! Au lieu de s’attaquer aux fournisseurs d’accès, aux sites internet qui permettent d’effectuer des
téléchargements, aux fabricants de graveurs, les « Majors » ne prennent pas le risque d’attaquer ces grandes entreprises :
elles préfèrent défier le faible, le simple  citoyen.
Résolution dérisoire, car le mouvement engagé est irréversible. Outre-Atlantique, la pratique du téléchargement existe depuis
bien des années. La profession découvre avec retard, un constat de fait. Les campagnes d’intimidation ne changeront pas
les choses. Comme dans d’autres secteurs industriels, les maisons de disques ne sont pas épargnées par l’évolution des
technologies. Celles-ci ont des effets inattendus et pervers. Les Majors devront s’adapter aux circonstances et changer
de stratégie commerciale, en proposant notamment des offres d’achat en ligne… à des prix plus raisonnables,
diminuer
leurs frais de fonctionnement et réduire leurs effectifs…
Mais aussi abandonner leurs sièges sociaux somptuaires, établis
dans des quartiers huppés de la capitale, revoir à la baisse les avantages  mirifiques et délirants accordés à certains chanteurs
(prêts, avances sur royalties…), réduire le nombre de fastueux voyages, payés aux agents de la profession ou limiter
l’organisation de fêtes pour la promotion des vedettes....Voilà encore des économies qui permettront d’arrêter l’hémorragie.
L’aspect économique des choses, ne semble pas être une préoccupation majeure des maisons de disques. Au nom de la
défense de la propriété artistique, elles prédisent, si la piraterie perdure, la disparition de la création musicale, la spoliation
des artistes, la perte d’identité de la chanson française… Incroyable discours !
Autre chantage : les contrats des artistes non rentables, ne seront pas reconduits. C’est faire peu de cas de considérer
leur talent comme étant un "produit", une marchandise. Logique commerciale implacable : un artiste doit générer rapidement
des profits, faute de quoi, si le produit n'appoete pas le rendement escompté, il est jeté.
Les contrats des chanteurs comme Jacques Higelin, Alain Chamfort, Yann Tiersen, Alain Souchon, Yves Duteil ne seraient
plus renouvelés. Soit, mais ces chanteurs continueront toujours à enregistrer dans une autre maison de disques et se produire
dans des salles de spectacles. En outre, les médias continueront toujours à les diffuser et je doute fort que les théâtres et
autres salles de spectacles ne soient plus remplis.
Rien n’arrêtera le mouvement perpétuel créatif de la musique et d’émergences de nouveaux talents. Vincent Delerme, Miossec,
Benabar, San Severino en sont des exemples probants et pourtant, ces artistes ne bénéficient pas de l’énorme promotion
marketing des grandes maisons de disques…
Quand les « Majors » se seront remises en question, qu’elles considéreront qu’Internet est un formidable vecteur de la diversité
culturelle et qu’enfin, elles mettront à disposition de tout un chacun des titres à choisir soi-même sur des sites payants, la crise
de l’industrie du disque ne sera plus qu'un souvenir. Il faut s’adapter aux évolutions technologiques.
Enfin, on ne va pas tout de même plaindre ces Majors !

C. HOMBERT- mai 2004