L'HELICOPTERE ROUGE

Par une après midi ensoleillée, j'avais décidé d'effectuer quelques petits travaux de jardinage : repiquer des pieds de fraises. Je m’appliquais à les disposer dans un alignement, à défaut d'être parfait, le plus régulièrement possible, pour tenter d'imiter les jardiniers méticuleux.

Accroupis et occupé par ma besogne, j'entendis au loin le bruit d'un moteur. Au fur et à mesure de son amplification, je reconnus le grondement caractéristique d'un hélicoptère.

Levant la tête, je le vis à 200 mètres au dessus de moi. ll se dirigeait à grande allure vers le Nord.
Comme il s’agissait d’un appareil de couleur rouge de la protection civile, j'en déduisis qu’étant donné le sens du vol, sa destination finale était probablement le C.H.U de Lille. Qui transportait-il ? Un accidenté de la route ? Un grand brûlé ? Un empoisonné ?

Perplexe et interrogatif, je continuai à repiquer mes de pieds de fraises tout en pensant aux énormes moyens mis en pour sauver, par voie aérienne une vie humaine, et aux immenses progrès réalisés par la science pour repousser sans cesse la mort.
Cette évolution des choses me paraissait tellement naturelle, que je ne m'imaginais pas un seul instant que dans des pays pas très éloignés du nôtre beaucoup de personnes ne bénéficiaient pas de ces mesures d'assistance.
Certaines mouront peu de temps après un accident, faute de n'avoir pu être transportées par ce rapide moyen de transport sanitaire et de bénéficier de la rapidité d'interventions des secouristes,
Je mesurais notre chance de posséder de tels moyens matériels et humains qui permettent d'orienter très rapidement les accidentés présentant de graves lésions, vers les milieux hospitaliers ad hoc.

Il y a une vingtaine d'années, cette logistique n'existait pratiquement pas. Bon nombre de personnes perdaient la vie faute de ne avoir été transportées rapidement vers les hôpitaux.

Abandonnant mes réflexions et ayant fini mon travail, je sortis de mon potager.

Le lendemain matin, mon appréhension fût confirmée. En lisant la rubrique des faits divers dans la presse locale, j'appris qu'un grave accident d'automobile avait eu lieu dans une commune voisine. Les pompiers avaient été obligés de désincarcérer l'un des blessés, avant de le faire transporter en urgence vers l'hôpital lillois.
Revoyant l’image de l’hélicoptère de la veille et toujours perplexe je me demandais si la personne s’en était sortie ou s'il lui resterait éventuellement des séquelles provoquées jar l’accident.
Mais cette assistance aérienne éveilla
en moi une autre réflexion. Je fis le rapprochement de ce fait divers avec un article de presse relatif au déficit de la Sécurité Sociale. Je pensais à ces moyens considérables et à leurs coûts qui viennent grever le sempiternel déficit de la Sécu….

Loin de moi l’idée de remettre en cause les opérations salvatrices de la protection
civile, mais force est de constater que l'amélioration de notre sécurité routière et les dispositions prises pour secourir rapidement les personnes ont un coût qu'il faut supporter.
Voilà une réflexion initiée par l’hélicoptère rouge que -j'avais aperçu un beau de jour de mai dans le ciel…


C. HOMBERT
Mai 2004