TOUJOURS L'HÉCATOMBE

En juin 1999, je dénonçais l’hécatombe routière. Plus de 8000 morts causées par les accidents de la route cette année-là.
Accidents provoqués par l’inconscience ou l’indiscipline des automobilistes.
Je parlais également des 165000 blessés, dont certains sont restés handicapés à vie. Nombre impressionnant, mais qui
laisse indifférent, tant qu’on est pas concerné.
Les deux causes provoquant cette hécatombe étaient la vitesse excessive et l’abus de consommation d’alcool au volant.
Ajoutée à ces raisons, la conduite sous l’emprise de drogue... Si aucune mesure n’était prise, le fléau ne serait pas endigué.
A l’époque, je préconisais l’exposition permanente sur les axes routiers, d’épaves de véhicules rendus difformes par
les collisions. Je proposais également que ces véhicules soient surmontés d’un panonceau indiquant le nombre de personnes
qui avaient perdu la vie dans ce qui était devenu un tas de ferrailles informe exposé, en poussant même le cynisme
de préciser les circonstances morbides de l’accident qui avaient entraîné la mort.
Je savais pertinemment que pareille suggestion n’emporterait aucune adhésion. Ma proposition choc n’avait pour but que
de faire soulever les consciences des hommes, car depuis trente ans, aucun gouvernement n’avait pris les mesures nécessaires
pour réduire le nombre des accidents et pour arrêter cette véritable hécatombe.
Certes, des mesures de répression (amendes dissuasives, retrait de points sur le permis de conduire, ou retrait temporaire…),
avaient bien été prises, mais le nombre de tués restait stable. Peut-être que l’on gardait encore en mémoire le pic historique
de 1972 des 16600 morts. Après tout, il y en avait deux fois moins…
Jacques Chirac l’avait annoncé : s’il était élu, une de ses priorités serait l’amélioration tangible de la sécurité routière.
C’est connu, les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent, mais pourtant celle là a été tenue.
Deux lois ont été votées, l’une réprimant sévèrement la conduite sous l’emprise de stupéfiants, l’autre contre la violence
routière (application formelle du code de la route, immobilisation des forces de police et de gendarmerie…).
En complément de ces lois, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur a fait installer en décembre, une centaine de radars
automatiques, placés aux endroits dangereux, tout en renforçant encore plus les contrôles routiers.
Le bilan s'est révèlé positif : sur une période de onze mois, le nombre d’accidents a baissé de 20% par rapport à la même période
de 2002, entraînant ipso facto une baisse significative du nombre de tués. La barre est enfin descendue en dessous des 5700 morts.
Encore de trop, car le défi ambitieux de faire diminuer de moitié le nombre de tués reste à atteindre.
Cette année, 450 nouveaux radars seront installés. D’autres, supplémentaires viendront complétés l’arsenal répressif.
Ils seront fixes ou mobiles. Nul doute, les comportements des automobilistes vont changer progressivement. Il y avait la peur du
gendarme, il y aura la peur du radar.
Autre bonne nouvelle : tous les Français seront sur le même pied d’égalité. C’est bien connu, il suffisait de faire appel à son
député, à son sénateur, ou à ses relations privilégiées pour faire « sauter » le procès verbal. Eh bien c’est fini (en prinicpe).
Il sera maintenant envoyé directement et automatiquement au domicile du contrevenant.
Alors, c’est sûr, ces mesures ne font pas plaisir. Pour certains, une chose l’est encore moins : la hantise de perdre des points
sur le permis de conduire. L’amende passe encore, mais les points, c’est sacré !  Réaction surprenante non ?
Puisque nous restons toujours indisciplinés au volant et que mon idée d’exposer des épaves le long des routes pour sensibiliser
les automobilistes sur les risques d'accidents n’est pas réaliste, les radars automatiques disposés le long des routes vont nous rendre
raisonnables et responsables. Après tout, voilà une excellente solution, qui en outre, fera rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat.
L’objectif semble être enfin atteint : le législateur a enfin pris des mesures draconiennes qui permettront de réduire le nombre de
tués sur les routes et atténuer les souffrances physiques ou morales, qui en découlent.
Un autre aspect de l’hécatombe, économique celui-là : les importantes réductions de dépenses réalisées par les assurances
et la Sécurité Sociale.
Si certains grincent des dents ou estiment que l’on porte atteinte aux libertés individuelles, ils ont la chance de pouvoir
manifester leur mécontentement : ils sont encore en vie pour en parler…

C. HOMBERT- Janvier 2004