LA BATEAU QUI NE VOULAIT PAS MOURIR


Il a parcouru tous les océans, toutes les mers, pour y effectuer essentiellement des opérations militaires
. En Océan Indien, lors de l'indépendance de la république de Djibouti, en Méditerranée, lors de la guerre du Liban, en mer d'Oman, lors du conflit entre l’Iran et l'Irak, en mer Rouge, lors de la guerre qui opposait l'Irak au Koweit, puis en mer Adriatique, lors de la guerre en Yougoslavie. Voila résumés ses principaux états de service.
Véritable île flottante, le Clémenceau, le porte-avions militaire français, était le fleuron de notre Marine Nationale. Il faisait partie intégrante de notre système dedéfense, garant de notre indépendance.

Ce mastodonte, sans son armement, pesait 22000 tonnes ! Il mesurait 265 mètres de long et 51 mètres de large. Son tirant d'eau était de 8.50 (en charge). Ses puissants moteurs, alimentés par le fuel, le propulsaient à une vitesse de 32 noeuds (environ 60 Km/h). En terme de distance, il a effectué 4 fois le tour du globe...
Plus de 1300 matelots vivaient à bord. Ajoutés à ce nombre quelque 600 militaires du groupe
dintervention aérienne, la gestion de ce village flottant n’était pas une sinécure.

Mis en service en novembre 61, il fut désarmé 36 ans plus tard, le 1
er octobre 97, sa dernière sortie en mer remontant
au 16 juillet l 997.

C’est en avril dernier que le Clemenceau a été vendu à une société espagnole,

chargée de le dépolluer avant de le découper en morceaux destinés aux aciéries
Certes l'acier est recyclable puisqu'il renaît toujours de ses cendres, mais le Clérnenceau mis
un peu trop vite à la retraite, ne semble pas vouloir être mitraillé tout de suite. Le colosse à la carapace un tantinet rouillée, ne veut pas mourir dans l’indifférence et dans l’anonymat.

Il se souvient des honneurs et des fastes le jour de son désarmement en octobre 97 à

Toulon, son port d'attache. Toulon, qui au fil des années, avait tissé une véritable
relation d'amitié avec le « Clem ». Mais six ans après son désarmement, se faire
remorquer discrètement hors de la rade, sans tambour ni trompette, c'est essuyer un
véritable camouflet. Une honte ! Pas un seul coup de canon, aucune sirène, absence
totale d'hommage.
Alors aujourd’hui, l’altier
mastodonte prend sa revanche. On l'a fait quitter le pays en catimini, eh bien, le départ discret, sera compensé par un regain d'attention, pour celui que l'on a déjà définitivement enterré.

Parti de Toulon pour Giron en Espagne, il dévia sa route en direction de la Grèce. Les autorités
françaises s'apercevant de la manoeuvre. annulèrent la négociation réalisée avec la société espagnole.

En effet, la France
a signé la convention de Bâle, dans laquelle il est stipulé que

les pays communautaires, n'ont pas le droit d'exporter des déchets sauf, s'il sont traités
sur leur territoire. Or, il faut savoir que le« Clem » contient plus de 2.000 tonnes de  produits amiantés.
Devant l’imbroglio juridico-commercial entre la France et la société espagnole, et ne
voulant pas enfreindre la législation européenne en la matière, les autorités françaises
décidèrent d’arrêter la route du navire.
Voilà comment le Clémenceau, qui ne veut toujours pas mourir, fait toujours parler de lui, s
on dernier voyage étant bien tourmenté.

Sa mort programmée est donc repoussée, mais il se peut qu'elle soit commuée en résurrection. En
effet, certains militaires font pression auprès du ministère de la Défense, pour que le navire soit coulé en Méditerranée, au large de Toulon, afin qu'il dorme tranquillement pour l’éternité à côte de son port d’attache...

Cette solution aurait le mérite d'avoir plusieurs avantages

- pas de dépollution du bâtiment puisque l'amiante est neutralisé dans l'eau ;

- création d'un centre scientifique pour l'observation de la faune sous marine ;

- création également d'une base de loisirs pour la plongée sous marine.


Mais au delà de ces considérations, la reconnaissance de son droit de vivre, lui permettrait d'éviter
l'ignominie suprême : le déshonneur.


C. HOMBERT

Novembre 2003