LA REFORME TANT Al-FENDUE

Lors de sa compagne électorale pour les Présidentielles, Jacques Chirac s'était engagé à réformer notre système des retraites. C’est bien connu, les promesses des politiques ne sont jamais tenues. Comme les autres, celle-ci le sera.

Il devenait impérieux et urgent de réformer véritablement le régime des retraites. Conscient de cet état de choses, Jacques Chirac en avait fait un de ses objectifs majeurs. II est clair que l'allongement de l'espérance de vie et l’arrivée massive de nouveaux retraités nés après la guerre, vont à terme déséquilibrer le financement du régime.
Une fois élu, il chargea le Premier Ministre, Jean-Pierre Raffarin, de concrétiser la promesse. Ce dernier,
confia au Ministre des Affaires Sociales, François Fillon, la délicate mission de proposer des solutions pour sauver et pérenniser le régime général des retraites.

Ainsi, après tant d'années d'atermoiements et de tergiversations, un gouvernement allait enfin légiférer
en la matière.
François Fillon présenta en mai aux partenaires sociaux, un projet de réforme pour équilibrer les comptes
dans les prochaines années.

Des négociations furent engagées avec les syndicats. Le dialogue social instauré, permit. après quelques
retouches du projet initial, de trouver un consensus et d'aboutir à un accord. La réforme préservait l’essentiel : le principe de la répartition fondé sur la solidarité.

Informer d'une manière objective chaque français, sur l'utilité de réformer, fut également une préoccupation
majeure du gouvernement.

Dans ses grandes lignes, la réforme propose un allongement progressif de la durée des cotisations jusqu'à
42 ans pour tous les salariés, qu'ils soient du secteur public ou du secteur privé, sauf pour quelques corporations faisant l'objet de régimes spéciaux.

Le projet souleva un tollé de protestations parmi les salariés du secteur public et plus particulièrement chez
certains syndicats, qui n'ont d'ailleurs pas signé l'accord.

Les manifestations de grande ampleur, organisées par la CGT, FO, la FSU et l'UNSA, les protestations de
certains opposants politiques qui préconisaient, pour alimenter les caisses de retraite, de faire payer les riches ou de taxer les bénéfices des entreprises, n'ont convaincu personne. Pas même le chantage d'une partie des enseignants, qui voulaient empêcher le bon déroulement des épreuves du bac ou faire la grève des corrections de copies.

Contradiction de pure forme, car tout le monde était d'accord sur le fond de la réforme qui devait être entreprise.
Ni les contestations des uns, ni les réticences des autres, n'ont entamé l'action gouvernementale et la réforme fut adoptée par le Parlement en juillet.

Cette réforme devrait permettre à terme, de maintenir plus longtemps au travail les actifs cotisants et
ralentissant ainsi, le nombre de départs à la retraite. Mécaniquement, cette mesure devrait équilibrer dans les prochaines années, les comptes des caisses de retraites, puisqu'elles verseront moins de pensions à des personnes qui par contre, cotiseront plus longtemps.

Il était temps de légiférer avant que l'institution ne puisse faire face à ses obligations : payer les pensions des retraités.
Le problème sera-t-il réglé pour autant ? 0n peut en douter. Dans quelques années, le niveau de l'emploi
sera-t il suffisant pour que les cotisants puissent apporter des ressources de financement ? La longévité des individus ne faisant qu'augmenter d'année en année, les périodes de versements seront d'autant plus longues. Difficile d'évaluer les conséquences de ces éléments. Et puis d'ici 10 ans, d'autres éléments imprévisibles, peuvent venir remettre en cause le texte d'aujourd'hui.

Quelques chiffres. En 1960, quatre actifs payaient la pension d'un retraité. Quarante ans plus tard, en l'an
2000, deux actifs y pourvoient. A l'horizon 2040, si aucune réforme n'avait été entreprise, un actif aurait payé la retraite d'un pensionné. Impensable !

Il faut rappeler que notre système de retraite par répartition est l'un des meilleurs au monde. La solidarité
inter-générationnelle, entre les actifs cotisants et les retraités, est le fondement même de ce système, que beaucoup nous envie. Il ne faut surtout pas le voir s'effondrer

Il ne serait pas souhaitable de voir s'instaurer dans notre pays un système de retraite alimenté,
comme dans certains pays, par des fonds de pensions. On en connaît les effets pervers : spéculations financières, fraudes et faillites, mais surtout, injustice sociale.

C. HOMBERT
Juillet 2003