LES PRATICIENS DE DEMAIN

Il y a une trentaine. d'années, le métier de médecin était contraignant et prenant. Le praticien ne comptait pas le temps qu-il consacrait à ses patients. Son nombre d'heures de travail était considérable. En contrepartie, des revenus substantiels lui accordaient un statut social enviable. Aujourd'hui, moins à l’écoute des patients, beaucoup de médecins de la nouvelle génération, prodiguent les soins toujours avec la même conscience professionnelle, mais avec plus d'empressement et peut-être avec plus de détachement.

Formés aux nouveaux savoirs et aux récentes thérapeutiques, ils pratiquent une médecine de qualité, mais ils ont une autre approche de la médecine de leurs aînés.

A présent les praticiens aspirent à travailler « 35 heures par semaine. ». Ils les partagent entre le temps pour soigner les personnes dans leur cabinet, assurer les visites à domicile, se former professionnellement et enfin, pour assumer la gestion administrative de leur cabinet.

La vocation première du médecin est pourtant de soigner ses semblables, non d'effectuer des tâches stériles. Dans ces conditions, il leur est difficile de trouver un juste équilibre pour accomplir toutes ces tâches, tant la demande de consultations ou de visites est croissante. Alors, pour y parvenir, les médecins ont tendance à être moins à l'écoute de leurs patients et l'auscultation s'en trouve réduite.

La relation de confiance qui existait jusqu'alors entre le praticien et le malade à tendance à s’étioler. Les rapports humains s’effilochent. Ils risquent de devenir demain rarissimes...

Pour ne rien arranger, outre ce déficit progressif de confiance, les médecins, établis ou non en cabinet médical, ont de plus en plus tendance à se décharger vers d'autres acteurs médicaux, dès qu'une difficulté de diagnostic survient ou pour éviter de prodiguer certains soins élémentaires : ils envoient le patient à l'hôpital. L'hospitalisation a toujours soulevé un vaste débat. Outre les restrictions budgétaires auxquelles il n'échappe pas, l'hôpital public doit-il faire les frais de cette nouvelle philosophie ?
Une autre conception de la pratique de la médecine est en train de se dessiner. Dans quelques années, l'action thérapeutique sera banale, impersonnelle. La consultation ou la visite, sera matérialisée par la prescription d'une ordonnance… machinalement remise au patient,

Mais si les médecins restent encore confidents, ils ne doivent pas être considérés comme des femmes ou des hommes, sans cesse disponibles. Ils ont le droit, aussi, d'avoir une vie de famille et des loisirs. Ils veulent comme tous les Français, profiter du progrès social, et notamment, de la réduction du temps de travail amorcée ces dernières années.

Il est bien évident qu'ils ne souhaitent plus assurer des visites parfois absurdes, sollicitées par convenance personnelle... Faire déplacer un médecin pour un renouvellement d'ordonnance, une demande de certificat de complaisance, la prescription d'un médicament de confort ou soigner un petit bobo, arrive fréquemment. Leur grogne est parfaitement légitime.

Comme le serment d'Hippocrate le stipule, soigner est un devoir, mais exiger des médecins
qu' ils soient
disponibles 24 heures sur 24, pour appliquer ce principe, relève. d’une conception des choses insensée! On ne veut plus attendre son tour dans une salle d'attente, alors on téléphone à son docteur pour qu'il se déplace. Après tout la sécu, les caisses complémentaires de santé remboursent les frais de visite... Autre mentalité ! Pourquoi ne pas profiter de cet avantage que l'on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde ?

Espérons que la nouvelle loi, tendant à mettre fin aux abus des visites à domicile sera efficace.
Il est à craindre q
ue les praticiens ne consacrent plus demain le temps nécessaire à leurs patients. En outre, rendre un diagnostic assuré, interpréter une analyse, une radiographie, informer objectivement le patient, n'est pas toujours chose facile et parfois délicat. De la psychologie s'avère nécessaire et nécessite du temps...
La réduction
du temps de consultation risque d'être préjudiciable, d'autant plus que le praticien risque de passer à côté d'une évidence, de livrer un autre diagnostic...

Dans les années à venir, la relation privilégiée qui existe entre praticien et patient deviendra impersonnelle, moins h
On peut déjà s'en apercevoir : existe-t-il encore un médecin qui répond au téléphone quand on l’appelle ? … sauf à entendre sa voix sur le répondeur…

C. HOMBERT
Novembre 2002