LA PASIONARIA

La plupart d'entre nous ne connaît pas Dolorès Ibarruri, figure historique espagnole. Cette femme politique milita activement, il y a quelques décennies, en faveur de la démocratie durant la guerre civile dans le pays ibérique. Son engagement était si fort qu'elle fut surnommée la Pasionaria. Elle décéda dans les années soixante dix. C'est à cette époque qu'est apparue en France une autre Pasionaria. Je veux ici parler d'Arlette Laguiller, cette femme politique d'extrême gauche.
Quel rapport entre ces deux femmes ? Eh bien ces militantes possèdent au moins deux points communs. Le premier, c'est leur profond engagement pour une cause, un idéal. Le deuxième, c'est leur ferme détermination à défendre les valeurs auxquelles elles croient. Arlette Laguiller est entrée sur la scène politique en 1974. Visage affable et souriant, personne ne pensait à l'époque, que cette employée du Crédit Lyonnais, serait vingt huit ans plus tard, toujours présente dans le microcosme politique.
Elle s'est présentée quatre fois aux élections législatives, quatre fois aux Européennes et elle pose cette année, pour la cinquième fois consécutive, sa candidature aux élections Présidentielles. Plus d'un quart de siècle de vie politique ! Malgré son opiniâtreté pour défendre ses idées et la sympathie qu'elle dégageait, Arlette Laguiller n'a jamais vraiment rassemblé sur son nom beaucoup de suffrages. Mais cette année, sa ténacité va être récompensée car elle va bénéficier des suffrages communistes. En effet, la profonde mutation du Parti, provoque un effritement de son électorat. Les communistes ne se reconnaissent plus dans la politique de Robert Hue. Par contre, ils sont davantage attirés par les discours de Lutte Ouvrière, dont les revendications sont en adéquation avec leurs préoccupations quotidiennes. Des sondages attribuent à Arlette des taux égaux, voire supérieurs au Parti Communiste Français.
Son engagement pour la défense de la classe ouvrière est authentique et inébranlable ; elle croit profondément à ses convictions. Seulement, Arlette a un handicap : promouvoir les dogmes de la mouvance trotskiste qui prône la révolution permanente, semble aujourd'hui désuet. Nous vivons dans un autre monde. Un monde qui n'a plus rien à voir avec celui de Staline ou de Trotski. L’économie libérale a depuis bien longtemps supplanté le collectivisme. Tous les pays de l'Europe de l'Est se tournent résolument vers l'économie de marché. Ils souhaitent tous intégrer la Communauté Economique Européenne... Si les exhortations à la révolution d'Arlette n'ont plus de sens aujourd'hui, sa croisade contre les inégalités sociales et les injustices sont par contre légitimes. Elle n'a pas sur le fond tout à fait tort quand elle défend les salariés, tant parfois certains sont exploités.
Arlette Laguiller est une femme de caractère et conséquente. Elle tiendra toujours le même langage, le même discours politique, aussi longtemps qu'elle en aura la force et l'énergie. Radicale peut-être, mais fidèle à ses idées : ses convictions, pour défendre la cause comme elle dit, des travailleurs, ne sont pas près de changer. Tout comme sa ligne de conduite invariable, elle s'exprimera encore et fera passer son message pendant cette nouvelle campagne, avec le même ton monocorde, la même gentillesse, mais aussi avec la même fermeté. Ce n'est pas étonnant si beaucoup de Français - ce sont les sondages qui le disent - trouvent Arlette sympathique, naturelle et spontanée.
Je voudrais enfin achever ma louange, en citant l'une de ses plus célèbres phrases, reprise par bon nombre d'humoristes qui la caricaturent d'ailleurs durement « travailleurs, travailleuses, on vous ment, on vous spolie ». Cette expression qui fait sourire: n'est-elle pas parfois authentique et criante de vérité ? De là à faire la révolution pour réformer la société….

C. HOMBERT
Mars 2010