LA BARBARIE EXISTE ENCORE


La vie est parfois difficile et pénible. Pensez ! Sept enfants à élever dans un pays pauvre, un pays où différentes factions armées se disputent le pouvoir depuis plus de vingt ans. Un pays sans avenir politique. Un pays dans lequel il est impossible de revendiquer une amélioration de ses conditions sociales et d’existence. Des conditions incroyablement rudes, insupportables parfois, tant l'oppression du pouvoir des Talibans est forte. Le pouvoir est totalitaire, absolu, non contestable. Pratiquement séquestrée dans sa maison, elle n'a pas le droit de regarder la télévision, de lire ou d'écrire. Emprisonnée dans sa burqa, ce voile qui cache le corps de la tête aux pieds, elle est isolée du monde extérieur, ne pouvant ni s'exprimer, ni crier sa douleur dans la rue. Le travail lui est interdit. Pas question de se réunir avec ses amies : les Talibans du Mollah Omar, appliquent à la lettre leur propre interprétation des textes du Coran. Aucun droit, même élémentaire. La vie de cette femme est réduite à l'obéissance, à la soumission et à la souffrance.
Elle n'osait pas se rebeller, de peur de subir les représailles des agents du ministère de la Lutte contre le Vice et la Promotion de la Vertu, qui surveillait et punissait les écarts de conduite des femmes afghanes. Elle se consolait en pensant qu'elle n'était pas la seule, D'autres femmes dans son pays vivaient la même persécution, entièrement sous le joug des Talibans. Voilà résumé, le calvaire de cette femme afghane il y a quelques mois maintenant et qui malgré tout, avait toujours la force de relever la tête. Elle croyait encore à un monde et a un avenir meilleurs.
Un jour, ne supportant plus la torture morale que lui infligeait ce pouvoir totalitaire et barbare, elle en eut assez d'endurer cette condition de femme soumise. Elle se rebella et défia le pouvoir en place en criant sa révolte, dévêtue de sa burqa. Mal lui en a pris. Après avoir crié sa douleur, les Talibans l'arrêtèrent. Elle fut fouettée en public, puis emprisonnée, laissant derrière elle a l'abandon ses sept enfants. Encore heureux, elle ne fut pas lapidée. Ne comprenant pas vraiment pourquoi la punition se résumait à
l’emprisonnement, elle commença à perdre pied dans cette prison sordide. Combien de temps resterait-elle encore enfermée ?
Quelques mois plus tard, on la fit sortir de sa cellule. Elle fut emmenée vers un stade de football. Il faisait beau ce jour-là. Des milliers de personne étaient présentes dans les tribunes. Elle se demandait bien ce qu'elle venait faire dans ce lieu destiné à la pratique du sport. Elle comprit bien vite que la pratique sportive serait macabre. Son sang se glaça : on exécutait des femmes et des traîtres.
Après avoir assisté à quelques exécutions sommaires, ce fut son tour. Elle eut beau crier, hurler sa peur, rien n'y fit. Un milicien la lit agenouiller, puis par derrière, un autre l'abattit froidement de plusieurs balles dans la tête. Cette scène cauchemardesque, s'est passée en septembre de l'année 2001 en Afghanistan. Bien entendu, le « spectacle » fut diffusé par la télévision. Il fallait montrer au peuple que les déviations devaient être sévèrement réprimées. A quelques mois près, la vie de cette femme afghane aurait été épargnée. Les forces anti-Talibans, aidées par les Américains et la communauté internationale sont parvenues à écraser ce régime primitif, ce régime barbare d'un autre âge. Les femmes recommencèrent à parler avec la restauration de leurs droits. Elles retrouvèrent leur dignité. Même si ces droits ne sont pas comparables à ceux des femmes occidentales, c'est le début d'un long processus de normalisation. Il restera néanmoins d'énormes progrets à réaliser, car la reconnaissance des femmes par les Afghans de confession islamique, sera difficile, tant les préceptes du Coran sont encore bien enracinés dans la culture des hommes de ce pays.


C. HOMBERT
Janvier 2002