UN BIEN TRISTE ANNIVERSAIRE

Vingt ans après les premiers cas recensés aux U.S.A, plus de 40 millions de personnes dans le monde sont atteintes de la maladie du Sida. 28 millions de malades vivent en Afrique subsaharienne, 12 millions se répartissant dans les autres pays du monde.
La Russie, la Chine et l'Indonésie découvrent maintenant la maladie. Elles connaissent des taux exponentiels de déclaration. C'est la plus grande calamité que l'humanité ait jamais connue. Le Sida est la quatrième cause de mortalité sur la planète. La France, avec ses quelque 110000 séropositifs, fait figure de parent pauvre, même si les prévisions de propagation de la maladie sont pessimistes pour l'avenir. Depuis le début de l'épidémie (aux USA), il y a vingt ans, la maladie a entraîné la mort de plus de 20 millions de personnes et tous les jours, 10000 cas viennent s'ajouter à cette sombre statistique !
Pourquoi cette progression inquiétante ? Deux causes : des relations sexuelles mufti-partenaires et l'utilisation de seringues hypodermiques par les drogués.
Notre société permissive exhorte la liberté des échanges sexuels et considère maintenant l'homosexualité, longtemps réprouvée par nos mœurs, comme légitime. Cette libéralisation des comportements, fondée sur l'échangisme, favorise la transmission du virus, les acteurs ne prenant pas toujours conscience des risques encourus lors des relations sans préservatifs. Si l'on ajoute à cette conduite, l'inconscience de certains individus, qui, se sachant séropositifs, n'hésitent pas à avoir des relations avec des personnes non contaminées, sans prendre les précautions élémentaires de protection, on est loin de casser cette spirale infernale de progression de la maladie…
Mais le virus s’attrape aussi par les seringues utilisées par les drogués, quand elles servent à plusieurs reprises. 4000 français viennent s'ajouter chaque année à la liste des séropositifs.
La communauté internationale ne semble pas trop s'inquiéter du constat que l'ONU vient de dresser. La propagation de la maladie laisse indifférent, par contre, les actes de terrorisme contre le World Trade Center et le Pentagone, ayant entraîné la mort de milliers de personnes, nous choquent.
A l'inverse, ce que j'appellerai les morts parcimonieuses, ne nous dérangent pas : en France, des milliers de personnes meurent sans que l'on en parle.
Voici une bien triste réalité illustrée par ces chiffres annuels : 20000 décès dûs au cancer, soit 56 par jour. 15000 décès imputables à la consommation de tabac, soit 42 par jour. 8000 morts sur les routes, soit 22 par jour. J'oublie les morts imputables à l'alcoolisme et aux maladies cardio-vasculaires qui font, elles aussi de nombreuses victimes.
Mais également, des évènements catastrophiques, où plusieurs milliers de personnes meurent instantanément. Ces morts exceptionnelles nous laisse de marbre.
Pour rester concentré sur le Sida, même si des campagnes de sensibilisation mettent l'accent sur la prévention, et que l'accès aux traitements pour tous les français est une réalité, la maladie est loin d'être éradiquée. Il faut maintenant aller plus loin, notamment en insistant sur la prévention et par la mise en place plus soutenue de programmes pour la recherche médicale.
Ce n'est malheureusement pas le cas en Afrique, où il devient urgent de prendre des mesures énergiques si l'on veut éviter une catastrophe humanitaire. Un exemple désolant : un enfant en gestation dans le ventre de sa mère séropositive, est déjà atteint de la maladie. Pas encore né, il est déjà condamné.

Nous, occidentaux, restons passifs devant cette calamité.
Et si, à l'instar de celle qui a existé, il y a des milliers d'années, du temps de Sodome et Gomorrhe, notre civilisation devenait décadente à cause du fléau du Sida, au point de se détruire ?

Je ne crois pas du tout à la colère divine qui s'abattrait sur l'humanité, comme celle, qui, pour punir les habitants de ces villes, aux moeurs dissolues, qui avaient été anéanties par le feu.
Notre civilisation s'autodétruira, soit par des épidémies de grande ampleur, soit peut-être par le sida si la maladie continue de progresser, à moins qu'un accident nucléaire, provoqué par l’Homme, vienne précipiter les choses...

Si notre civilisation disparaît, d'autres naîtront.


C. HOMBERT
Décembre 2001