LES TAGS, UNE NOUVELLE EXPRESSION

Quels sont ces mystérieux artistes qui, pour exprimer et faire connaître leur art, réalisent des peintures trop souvent exposées sur des murs situés dans des zones retirées, des bâtiments industriels laissés à l'abandon, mais plus généralement, à la base des piles de ponts ferroviaires et autoroutiers, ces endroits difficilement accessibles aux regards de par leur emplacement.

Il s'agit vous l'avez deviné, de la nouvelle expression culturelle matérialisée par ce qu'on appelle communément les tags.
Dans l'esprit des gens le mot tag a malheureusement une connotation libertaire et raciale. En effet, les graffiti réalisés à l'aide de bombes aérosols et exhibés au gré de l'humeur de leurs auteurs, sur n'importe quel édifice privé ou public, apportent quelque chose de désolant et d'affligeant. L'amalgame entre gribouillis sauvages et représentations picturales est spontané et instinctif et il est normal que des voix s'élèvent contre ces tags et ces graffiti, qui envahissent, dégradent les bâtiments publics et polluent notre environnement. L'image de ces témoignages visuels est totalement annihilée.

Faits à la hâte, les épigraphes et autres gribouillages représentent la plupart du temps la signature d'un individu qui vient se promener sur un lieu et histoire de matérialiser sa visite, il appose sa signature, comme autrefois sur les monuments historiques de l'antiquité, où l'on peut encore apercevoir les traces du passage des souillards.

Sans remonter si loin dans le temps, les inscriptions sauvages ont toujours existé. Certains arbres en gardent encore une cicatrice, occasionnée par la gravure d'un coeur ou un "je t'aime". Mais là, il s'agit d'une traduction, d'un vif sentiment, d'une passion d'amoureux et non d'une action tendant à dégrader.

Mais à quoi correspond cette expression affichée sur bon nombre de supports muraux ? A quel groupe social appartiennent les auteurs de ces peintures ? Quelles sont leurs motivations et quels messages veulent-ils faire passer ?

En observant certains tags, des artistes semblent inventer une nouvelle forme d'écriture. La calligraphie constatée sur certaines peintures est pour le moins originale et surprenante. Les concepteurs de logiciels informatiques devraient s'en inspirer pour créer de nouvelles polices d'écriture.

Même s'il n'est pas toujours aisé d'apprécier ces œuvres picturales, leur style, ce qu'elles signifient, leur lecture nous laissent perplexes, songeurs. Cet art abstrait de la rue nous rend interrogatifs. Cette traduction artistique doit avoir sa place dans les différentes cultures.

Pour aider à sa promotion, les pouvoirs publiques devraient prendre l'initiative intéressante : construire ou aménager des espaces autorisés, afin que les artistes tagers puissent s'exprimer et donner libre cours à leur inspiration. Dans le cadre d'une stricte réglementation, cette mesure aurait le mérite en outre d'embellir les communes et mettrait peut-être un terme à l'anarchie constatée. Sur ce point, il y a encore beaucoup de travail d'éducation civique à effectuer.

Les partisans de l'art classique ne seront bien entendu pas d'accord avec ma perception de cette expression artistique, car ces peintures de rues défient les conventions, sortent des normes établies et ne font référence à rien.

Cet art populaire va-t-il acquérir ses lettres de noblesse ? Sa reconnaissance sera difficile car le handicap majeur de ces œuvres, c'est leur volatilité, leur caractère éphémère.

Difficile dans ces conditions de conserver les œuvres pour la postérité.


C. HOMBERT
Août 2001