LE PETIT APPAREIL MAGIQUE

Le portable (pas l'ordinateur) devient un véritable phénomène de société. Le jouet du 21è siècle, est utilisé maintenant par des millions de personnes. Phénomène, mais aussi, véritable manne pour les opérateurs téléphoniques : la souscription d'abonnements nécessaires pour accéder au réseau, génère des profits colossaux.

Réalité bien présente, le portable est devenu un appareil de consommation courante indispensable, faisant partie intégrante de notre vie.
Les snobs bien entendu en possèdent. Pour parler à leurs semblables, ils téléphonent avec un intérêt évident. Ils racontent des futilités ou des banalités qui n'intéressent personnes… sauf eux. Nécessité oblige : il faut être tendance.

Pas du tout snobs, il y a ceux qui téléphonent ostensiblement en marchant dans la rue, en parcourant les allées d'un magasin, en tuant le temps dans une salle d'attente… C'est vrai il y a urgence !

Cette attitude ostentatoire démontre une curieuse propension à l'exhibitionnisme, à l'égocentrisme. Les banalités qu'ils débitent avec avidité, provoquent parfois l'hilarité et les railleries chez les personnes qui les regardent. Les accros du portable ne se rendent pas compte des quolibets qu'ils déclenchent, trop enfermés dans leur univers artificiel.

Peu importe les moqueries ou les dérisions, ils sont convaincus de l'importance de leur message, même si leur attitude burlesque déclenche le rire. Au royaume des vaniteux, seuls les exaltés sont rois.

Il y a les hommes d'affaires ou cadres actifs, qui, préoccupés d'améliorer leurs performances dans leur activité professionnelle, téléphonent constamment. Pas pour se faire remarquer, mais les affaires, et le travail n'attendent pas… jusqu'au jour ou l'entreprise pour laquelle ils se "défoncent" les remercie avec ou sans honneur. La césure sera difficile à assumer, le jour où ils ne trouveront plus d'interlocuteur à qui téléphoner.

Rançon du progrès : s'ils sont les premiers à revendiquer l'utilité du téléphone portable, ils sont aussi les premiers à être agacés par les sonneries intempestives du petit appareil magique. Attitude contradictoire mais bien réelle.

Je n'oublie pas les assistés de notre société, ceux qui ne travaillent pas, qui émargent aux associations caritatives, aux organismes de solidarité ou bénéficient de l'aide publique. Ils veulent également profiter du petit appareil magique pour pouvoir communiquer comme tout le monde et tant pis si les communications coûtent chères. Le portable ne leur est sûrement pas indispensable, mais le fait d'en posséder un, leur donne l'impression de ne pas être rejetés, d'être égaux aux autres. Pour ce faire, il arrive souvent que cette catégorie de personnes, exhibe d'une manière ostentatoire l'appareil, en le fixant à la ceinture. Après tout le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous. Et puis, quel privilège que de posséder un portable !

Pour achever le plaidoyer pour le petit appareil, je voudrais parler de la dernière catégorie de personnes qui en possèdent également un : les discrets.

Ils l'utilisent essentiellement pour être appelés, pour s'assurer d'une relative sécurité, et accessoirement, tranquilliser leurs proches en cas de nécessité.

Ah ! J'oubliais une famille de personnes : les inconscients. Ils ne s'imaginent pas qu'au volant de leur véhicule, ils deviennent de véritables dangers publics, lorsqu'ils téléphonent en conduisant.

La conduite demande une attention toute particulière. Il est difficile de traiter des affaires ou débiter des futilités au téléphone en le tenant d'une main le volant et de l'autre, en observant la signalisation ! Comme l'alcool et la drogue, le portable tue.

Le portable a changé nos habitudes de communication, les relations sociales. Il devient tellement banal maintenant, qu’on le remplace pour un oui, pour un non.

Ceux qui objecteront les dépenses inutiles qu'il engendre, mènent un combat perdu d'avance. Les coûts relatifs à la téléphonie, représentent maintenant une part naturelle dans le budget des ménages.


C. HOMBERT
Août 2001