UN CERCLE DE PRIVILEGIES

D'après la banque américaine d'investissement, Merrill Lynch, 180 000 personnes sont venues agrandir le cercle des hommes les plus riches du monde.

Les membres de ce club huppé, sont au nombre de 7,2 millions et leurs fortunes cumulées, s'élèvent à 208 milliards de francs !
Pour faire partie du cercle, il faut détenir plus de 770 millions de francs en actifs financiers, les actifs immobiliers n'étant pas pris en compte.

Les privilégiés se répartissent approximativement comme suit : un tiers en Amérique du Nord, un tiers en Europe et un tiers en Asie.

Malgré la crise financière et le recul des marchés boursiers, la progression du nombre de membres dans ce club très fermé est constante, alors que le nombre de pauvres dans le monde augmente dans des proportions inquiétantes.

Je ne parle pas ici des autres privilégiés millionnaires, qui ne font pas partie du cercle, n'atteignant pas eux, le seuil des 770 millions. Pourtant, leur nombre est bien supérieur à l'évaluation indiquée par Merrill Lynch.

Pourquoi tant d'avidité, tant de frénésie à vouloir rechercher toujours plus de profits pour augmenter sa richesse ? Qu'est-ce qui pousse tous ces riches à accroître encore davantage leur patrimoine aux dépens des autres, les masses laborieuses ?

Certains affirment qu'à leur place on agirait de la sorte. C'est peut-être vrai pour certains, mais pour la majorité d'entre nous, je ne suis pas sûr que l'avidité d'argent, l'emporte sur le désir irraisonné et aveugle d'en obtenir encore davantage.

Pourquoi alors le nombre de riches est en augmentation ? Le capitalisme créé des richesses et les profits qu'ils génèrent ne sont pas répartis équitablement. Le libéralisme économique (la mondialisation), qui semble maintenant être la voix unique, ne va pas arranger les choses. L'emprise des multinationales sur les dirigeants politiques de ce monde et leur puissance, ne fera qu'accroître les inégalités et les déséquilibres… et bien entendu, le renchérissement des fortunes.

L'initiative d'entreprendre, de créer, d'investir, ne doit pas faire oublier que la richesse créée, doit être partagée. Certes, le retour sur l'investissement, le risque encouru, doivent être convenablement rentabilisés, mais encore une fois, la distribution des richesses doit être équitable. Si certaines entreprises rémunèrent leurs salariés au mérite ou au travail fourni selon des objectifs de rendement, d'autres exploitent l'Homme au travail. Certaines, notamment dans les pays tiers, asservissent leurs salariés, dont le statut social a une toute autre signification : esclave.

Bien qu'à un certain stade, on ne mesure plus sa fortune, le désir d'être encore et toujours plus riche est profondément ancré chez ces nantis et l'intérêt porté pour l'argent, a bien plus d'importance que la considération humaine. Et dire qu'on nous vante sans cesse les vertus de l'entreprise citoyenne…

Nous comprenons difficilement cette philosophie de la concupiscence et les motivations qu'elle entraîne. Chez ces hommes riches, l'argent a bien plus d'importance que la considération humaine… Encore plus difficile de comprendre chez ces personnes, pourquoi la solidarité, le partage n'existe pas. Pour être supérieur à leurs semblables ? Par orgueil démesuré ? Une vanité incontrôlée ?

Certes, pour se donner bonne conscience, ils versent des sommes importantes à des œuvres de charité, créent parfois des fondations qu'ils aliment en fonds. Ces initiatives renforcent encore plus leur image empreinte de sympathique et de générosité, qu'ils veulent faire passer auprès de l'opinion publique.

Le monde est ainsi fait. Des riches, il y en aura toujours et de plus en plus, plus prospères que jamais. Des pauvres aussi. Et toujours de plus en plus de pauvres…

La dualité riches-pauvres qui traverse les siècles, perdurera : des hommes se battront toujours pour manger, pour vivre, d'autres, s'évertueront aveuglément, à augmenter leur fortune grâce aux autres…

C. HOMBERT

Juin 2001