LE CONVOI

Dans le cadre d'un contrat passé entre la France et l'Allemagne, relatif au traitement des déchets nucléaires, le centre opérationnel de la Cogéma à la Hague, vient d'effectuer sous haute surveillance, une nouvelle expédition de combustibles usagés, renvoyés vers le pays d'origine. Pareille opération remonte à quatre ans.

Lors de l'élection de Gerhard Schröder, et sous la pression des "Verts" allemands, l'accord commercial signé entre les deux parties a été un moment remis en cause, mais les nécessités industrielles et économiques ont prévalu : jusqu'en 2005, l'Allemagne continuera à envoyer en France ses déchets afin d'y être retraités.
Cette ré-expédition de déchets retraités de cette fin de mois de mars est très mouvementée et déchaîne toutes les passions. Si l'acheminement ferroviaire s'est bien déroulé sur le parcours français, il n'en a pas été de même sur la portion frontière française vers le Nord de l'Allemagne.

Les "Verts" sont en effet entrés en action. La progression du convoi des résidus nucléaires a été interrompue à maintes reprises par les manifestants disséminés tout au long du parcours.

Pourtant, le gouvernement allemand avait mis les moyens en hommes et en matériel : plus de 20000 policiers avaient été appelés et 7 hélicoptères surveillaient en permanence les wagons.

Jouant à cache-cache avec les forces de l'ordre, les contestataires occupaient par petits groupes, des portions de voies ferrées, démontaient une partie d'entre elles, ou, y déposaient de gros objets hétéroclites par endroits. Certains manifestants se sont même enchaînés sur les rails, d'autres se sont emprisonnés dans du béton, coulé sur les voies.

Les forces de l'ordre, avec fermeté ont surmonté les désordres et ont réussi à chaque fois, à contenir les empoignades et à mettre fin aux échauffourées, en dégageant les voies pour que le train arrive sans encombre à sa gare de destination.

Pour achever le transport par camions des quelque 60 tonnes de déchets radioactifs vers Gorleben, ville de destination finale, les mesures de sécurité seront sans doute aussi importantes, mais l'acheminement à l'aire de stockage promet d'être tumultueux.

Que faut-il donc penser de cette contestation légitime ? Au-delà du problème de retraitement des déchets nucléaires, nous devons nous interroger sur l'utilité et la nécessité d'accroître ou non la politique du tout nucléaire. Grand débat sur lequel les avis sont partagés.

Les anti-nucléaires, à bon droit, revendiquent l'arrêt immédiat du développement de cette énergie de la mort. Les partisans du contraire, estiment que ce développement est nécessaire pour l'activité économique, la croissance. En outre, cette énergie assure à notre pays, une relative indépendance sur le plan de l'approvisionnement en matière première.

Ils arguent également que l'énergie ne coûte pas chère à produire, qu'elle ne pollue pas, malgré le paradoxe du retraitement des déchets.

Ce qui inquiète le plus les anti nucléaires, c'est le déclenchement d'un éventuel cataclysme provoqué par l'explosion ou l'éclatement d'une centrale nucléaire. Ils pensent, que malgré toutes les précautions qui sont prises en matière de normes de sécurité, un désastre n'est pas à exclure.

L'incendie du réacteur nucléaire de la centrale de Tchernobyl en est une démonstration et donne raison aux écologiques. La catastrophe a été évitée de justesse, mais l'état de délabrement des bâtiments abritant le réacteur fait craindre le pire : si l'épaisse jupe bétonnée servant à la protection s'écroulait…

Un séisme naturel, un ras de marée, un crash aérien, provoqué par l'impact d'un avion suicide, un incendie inopiné, peuvent provoquer la destruction d'une centrale et entraîner la dispersion de la radioactivité qui mettrait en péril l'existence des hommes.

Les écologistes ont donc raison d'alerter, de sensibiliser l'opinion publique et de mettre en garde les autorités gouvernementales des conséquences funestes et tragiques qu'entraînerait une telle fiction.

Si le choix de ces autorités tient compte des appréciations des uns et des autres, il n'en demeure pas moins vrai que l'on ne peut pas aller à l'encontre du progrès, du mouvement vers l'avant, du développement des technologies, dont l'énergie nucléaire fait partie.

Les opposants et les partisans ont leurs arguments. Qui à tort ? Qui a raison ?

C. HOMBERT

Avril 2001