LE DINER DE TONTON

Adaptée au cinéma par Francis Weber, l'hilarante comédie "le dîner de cons", a fait rire plus d'un d'entre nous. Elle retrace l'histoire d'un cercle de bourgeois, qui, pour se distraire, organise des dîners, à l'issue duquel on procède à l'élection du meilleur con, étant entendu, que chaque participant amène le sien : son con.

Il existe maintenant un autre dîner, certes moins célèbre, mais devenu rituel et médiatisé : le dîner de tonton. Il n'a rien à voir avec celui de la comédie de Weber, car sa finalité est différente. Il est organisé tous les ans par madame Mitterrand, qui commémore ainsi, l'anniversaire du décès de son mari, François Mitterrand, ancien Président de la République. Une vingtaine de personnes sont invitées aux agapes : la famille bien sûr, mais aussi deux ou trois anciens fidèles ministres et le dernier carré d'inconditionnels de l'ancien "potentat", déboulonné par la force des choses de son piédestal, il n'y a pas si longtemps.
La fête reste intime, mais disproportionnée par rapport au personnage, à qui on ne rend plus les honneurs que dans des cercles privés. Pourtant, François Mitterrand est resté 14 ans à la tête de l'Etat ! Que nous l'aimions ou pas, son nom sera gravé dans l'Histoire de la France. Pourtant, la majorité des socialistes n'est pas très reconnaissante envers celui qui a mené la Gauche au pouvoir en mai 1981. Les commémorations se font discrètes, dans les discours politiques, les références à François Mitterrand sont négligeables, voire inexistantes. La majorité de la classe politique semble exclure l'homme qui s'était présenté il y a quelques années aux Français, comme un homme droit et intègre. Elle préfère tourner la page sur un passé pas très glorieux. Les "affaires", dont il était forcément au courant ou même le protagoniste, ont énormément terni l'image de l'ancien président. Ses agissements sournois, ses bassesses, ses pratiques douteuses à l'intérieur de son parti, l'alliance fallacieuse avec le Parti Communiste, l'organisation de son propre attentat, la mise hors course admirablement orchestrée de Michel Rocart lors des élections Européennes, témoignent entre autre, de toutes ses turpitudes.

L'actualité du moment ne fait que renforcer ce constat : elle nous fait découvrir une nouvelle malversation : Jean Christophe Mitterrand, l'un de ses fils, vient d'être mis en examen pour commerce illicite de vente d'armes avec l'Angola.

Conseiller du Président (vive le népotisme), il aurait touché des sommes faramineuses lors des négociations de contrats de vente. Ces sommes, tellement fabuleuses (on parle de 13 millions), sont bloquées sur son compte Suisse, à la demande de la justice française.

Au cours du dernier dîner de tonton, il aura probablement été évoqué l'énorme caution de 5 millions de francs, demandée par le juge Courroye, pour satisfaire à la demande de son avocat de mise en liberté provisoire.

Confirmation des supposés propos, quelques jours plus tard, la "famille", réunit la somme, que madame Mitterrand apporta au juge et de crier haut et fort à qui voulait bien l'entendre, qu'elle apportait une rançon !

Le lendemain, le fils libéré, fit de la surenchère : il parla aux journalistes en tenant des propos encore plus vindicatifs que sa mère, accusant le juge de lui avoir fait subir une cruauté morale ! En outre, il affirma que le juge suait la haine !

Effectivement, faire subir à un fils de Président un tel interrogatoire et l'emprisonner ! Un comble ! La République n'a jamais connu pareil fait !

La période de gloire et de splendeur du pouvoir Mitterrandien est révolue. Cette merveilleuse époque où tous les écarts de conduite, tous les droits étaient permis...

Encore une affaire qui alimentera les chroniques pendant quelque temps. Elle trouvera probablement un heureux épilogue pour l'inculpé : les avocats du fils de tonton finiront bien par trouver une parade, un stratagème permettant d'annuler la procédure d'instruction ou de minimiser le rôle du fils du Président dans cette ténébreuse affaire.

Ah, qu'il et bon de posséder le pouvoir, la notoriété ! Ces attributs confirment le paradoxe suivant : plus le délit commis par les "intouchables" est important, moins le châtiment rendu est grand.

La Fontaine. Souvenez-vous ? Selon que vous serez puissant ou misérable....

Vous connaissez la suite.

C. HOMBERT

Janvier 2001