Il VIENT D'AVOIR 80 ANS

Dalida fredonnait il y a quelques années une chanson : "il venait d'avoir 18 ans". Elle évoque la détresse d'une femme, enfermée dans sa solitude, qui cherche désespérément à retrouver sa jeunesse. Au travers de la mélodie, la chanteuse exprimait son amertume, ses regrets sur la spontanéité, sur l'innocence de sa jeunesse perdue, cette merveilleuse tranche de vie que l'on traverse tous… Quelques années plus tard, ne pouvant plus supporter cette lancinante obsession, son image défraîchie, altérée, elle se suicida.

Les vieux camarades du parti communiste ne connaissent probablement pas cette chanson et pourtant, le sens du texte, sa philosophie, correspond tout à fait à la nostalgie, à la tristesse qu'éprouvent eux aussi, les purs militants de base, à la recherche de la glorieuse influence, de la force qu'avait leur parti il y a quelques années. Inconsolables, ils ne se donneront certes pas la mort.
Né en décembre 1920 d'une scission de la SFIO (Section Française de l'Internationale Ouvrière), ses dogmes étaient entièrement calqués sur le modèle bolchevique, puis ensuite sur la ligne de conduite du parti communiste soviétique. Les Maurice Thorez, Waldeck Rochet, Georges Marchais, encourageaient et appliquaient rigoureusement la politique de Moscou, qui comme chacun sait, reposait sur le collectivisme, l'économie d'Etat et pour asseoir cette doctrine, sur une dictature inflexible, impitoyable.

En 1972, le Parti Communiste, désireux de faire avancer ses idées, s'allia avec les socialistes. Un contrat fut signé. Il s'appela le Programme Commun. Cette union trouva son apogée en 1981, quand la Gauche arriva au pouvoir.

Les communistes comprirent vite qu'ils furent manipulés par l'un des plus rusés et sournois homme politique que la France ait connu : François Mitterrand. Peu de temps après, le Programme Commun vola en éclat.

Le soutien (du bout des lèvres) au Front Populaire en 1936, l'engagement dans la Résistance en 1945, la participation au Gouvernement de la Gauche dans les années 80, ont été les seules actions fortes, les moments essentiels, d'un Parti Communiste qui aujourd'hui est devenu déliquescent, exsangue.

Dans le "Nouvel Obs" de décembre, un journaliste reprenait une citation de Bertold Brecht en parlant du Nazisme : "la bête n'est plus féconde".

On peut en dire autant du Parti Communiste Français. Avec une pointe à 26 % des suffrages en 1945, 20 % sous l'aire de De Gaulle, 10 % en 1986 et maintenant à moins de 6 % d'électeurs, cette dégringolade confirme bien que la doctrine stalinienne est devenue obsolète.

Cette idéologie fait partie du passé, elle aura été une calamité, un accident de l'Histoire.

Pourtant les ressentiments existeront toujours chez ces vieux militants d'arrière garde, que Robert Hue n'arrive pas à convaincre pour effectuer la profonde mutation rendue nécessaire par les réalités du monde économique. La résistance des Camarades s'amenuisera et s'estompera avec le temps… quand les nouvelles générations les remplaceront.

Les discours lénifiants du pathétique Robert Hue n'y feront rien. Même quand il fait acte de repentance en rappelant les "monstrueux aveuglements sur des réalités terribles" à propos de l'attitude des anciens dirigeants de l'Union Soviétique et à l'obéissance aux dogmes staliniens, et à sa reconnaissance.

Comment admettre, pour recevoir des fonds, que le siège du Parti, place du Colonel Fabien, puisse être loué, l'espace d'un soir, au grand couturier italien Prada, afin d'y organiser un défilé de haute couture. L'immeuble des travailleurs visité par le tout Paris ! Raillé par la Bourgeoisie venue dépenser d'énormes sommes d'argent, histoire de faire un magnifique pied de nez aux communistes ! Décidément la lutte des classes est bien finie. Seule compte maintenant la lutte contre l'exclusion, la défense des intérêts des plus démunis.

Si le Parti Communiste français veut encore exister, il est d'ailleurs indispensable et nécessaire à notre démocratie pluraliste pour alimenter le débat d'idées, il doit s'inspirer du modèle italien, le PDS, et se réformer en profondeur.

Trop zélé serviteur du parti révolutionnaire de Moscou, Georges Marchais n'a jamais voulu prendre ce virage pour se moderniser et donner une autre image d'un parti qui défend les intérêts des gens du monde du travail.

Les générations montantes ne sont plus incultes. Elles réfléchissent, elles sont ouvertes au monde, elles comprennent les choses. Même dupées, elles réfléchissent...

J'ai connu des familles où l'on était communiste de père en fils, sans vraiment comprendre pourquoi. Cette période est maintenant révolue. L'image du communisme n'est pas ternie, elle est consumée. Plus personne (sauf des intellectuels souhaitant se singulariser) ne peut adhérer à un système philosophique archaïque, qui a malheureusement connu ses heures de gloire, mais pas au sens de la réputation ou de la grandeur.

A l'aube du troisième millénaire, notre société doit s'adapter aux évolutions et regarder vers l'avenir. Avec le temps, nous oublirons les sanglantes répressions communistes qui ont fait dans le monde plus de 80 millions de morts !

C. HOMBERT

Décembre 2000