CONFESSIONS POSTHUMES

En temps ordinaire, débats et controverses animent les campagnes électorales. Cette année, celle qui précède le référendum sur la réduction du mandat présidentiel, aura été éclipsée par une inattendue nouvelle "affaire".

De quoi s'agit-il ? D'une confession posthume explosive : celle de Jean-Claude Méry, promoteur immobilier et financier occulte, qui démonte toute une mécanique, tout un système financier qui permettait d'alimenter les caisses du R.P.R. et dans une moindre mesure, celles du P.S. et du P.C. dans les années 80.
Jacques Chirac, l'actuel Chef de l'Etat, qui était à l'époque maire de la capitale, est bien embarrassé. Inutile de dire, que ces aveux posthumes, ont escamoté totalement la fin de la campagne électorale, si tant est qu'il y en ait eu une.

Jean-Claude Méry, décédé maintenant depuis plus d'un an, avait enregistré ses révélations sur une cassette vidéo, au cas où il lui arriverait "quelque chose", dans les studios du producteur de reportages TV, Armand Hamelin. Dans la séquence filmée, Méry s'exprime d'une voix tranquille et posée. Il explique les trucages des marchés publics, passés entre la ville de Paris et les entreprises de travaux publics et de maintenance, il y a quelques années.

Il explique avec précision, comment Chirac avait mis en place ce mécanisme infernal, générateur de commissions occultes : la ville de Paris, passait des marchés avec de grandes entreprises comme la Générale des Eaux, la Lyonnaise des eaux, Otis, Schlumberger et autres… En contrepartie, elles versaient entre 1 et 1,5 % du montant du contrat, sur certains comptes de sociétés ou fondations situées en Suisse. Le processus fonctionnait parfaitement et selon Méry, tous les partis politiques bénéficiaient de cette manne d'argent. Un patient travail de persuasion amenait progressivement les entreprises à adhérer au système. Les entreprises qui refusaient n'étaient pas retenues.

Pour satisfaire et contenter tout le monde, (entreprises et mouvements politiques), les gros marchés étaient partagés en plusieurs tranches. La multiplication des adjudications permettait de diversifier les ressources. En outre, elle rendait plus compliquée la traçabilité des mouvements financiers, par les autorités fiscales et autres organismes, mais apparemment, pas la justice.

Cette confession diffusée à l'origine par le journal le Monde, grand quotidien reconnu comme étant sérieux et crédible, puis relayée par la télévision, est d'autant plus surprenante, que Méry, n'avait jamais avoué ses turpitudes au juge Halphen, qui pourtant avait des charges contre lui.

Les accusations formulées à l'encontre de l'ancien maire qui avait mis en place ce système, vont peut-être étoffer les dossiers en cours sur la Mairie de Paris (emplois fictifs, détournements de fonds publics...), mais étant protégé par son statut, le Président n'a manifestement rien à craindre pour l'instant. Mais en 2002, s'il n'est plus reconduit à la tête de la Nation, la justice, comme elle l'a déjà fait pour le Chancelier Kohl, risque de le rattraper et lui demander des comptes...

Si le Président est embarrassé, les responsables politiques de la Gauche le semblent tout autant. Tout le monde s'observe, s'épie, se surveille. Bref, personne ne semble vouloir déclencher la guerre en utilisant cette arme redoutable : la cassette.

Alors, des munitions en réserve pour les Socialistes ? Eh bien non ! Quelques jours plus tard, une affaire dans l'affaire éclate : Maître Belot, célèbre avocat financier, déclare avoir remis à Dominique Straus Kahn, à l'époque ministre des Finances, l'original de la cassette.

Interrogé, ce dernier avoue maladroitement qu'il l'a bien reçue, mais qu'il ne l'a jamais visionnée ! En outre, il ne sait plus où il l'a mise ! Les Français sont parfois crédules, mais de là à les prendre pour des demeurés...

Les jours passent et aussi surprenant soit-il, maintenant, c'est le silence total. On ne parle que de la recrudescence de la violence au Proche Orient, du difficile retour à la démocratie en Serbie, des Jeux Olympiques... mais plus des confessions posthumes de
Les arcanes de la politique sont impénétrables… Nos dirigeants ont leur propre déontologie.
Comme d'habitude, sauf pour le malheureux Emmanuelli, personne ne sera jugé.

Tenez ! Je viens d'apprendre qu'un faux curé, âgé de 23 ans, qui avait commis de nombreuses escroqueries au culte, venait d'être condamné à 2 ans de prison ferme, dont 1 avec sursis ! Les délits reprochés ? Vols de chèques issus des quêtes dominicales.

Par rapport aux détournements de l'argent public, c'est cher payé, non ?

Les bien pensants diront que c'est normal, car il n'a pas agit pour la bonne cause : alimenter les caisses des partis politiques est une démarche bien plus noble et ambitieuse, car elle fait avancer la démocratie...

Vivement la prochaine "affaire".

C. HOMBERT

Octobre 2000