ELLE FINIRA UN JOUR PAR L'EMPORTER.

Elle nous suit tout au long de notre existence, dans nos mouvements de tous les jours. Que nous soyons adulte ou adolescent, homme ou femme, on n'y prête guère attention, mais pourtant, elle a toujours un œil rivé sur nous depuis notre naissance. Telle une ombre, elle s'accroche comme une sangsue à nos basques, pour ne plus jamais nous quitter.

Selon son humeur, elle peut appréhender l'un d'entre nous à tout moment, avec plus ou moins d'agressivité, de provocation, histoire de nous rappeler qu'elle est la plus forte, qu'elle est toute puissante et qu'elle finira un jour par l'emporter.
Elle agit sournoisement et ne prévient jamais du jour et de l'heure de son attaque. Bien sûr, nous avons des ressources et des armes pour la combattre, mais nous ne faisons que repousser son attaque. Même si les progrès de la science humaine prolongent notre existence et nous aident à reporter l'échéance de la finalité de l'agression, elle est toujours tapi dans l'ombre, prête à frapper.

Elle ne parvient pas toujours à ses fins la première fois. Manque de motivation ? Faute de moyens ? Une chose est sûre : sa pugnacité, sa capacité de conquête et sa force destructrice, restent intactes. Alors elle repart tranquille, en prévenant néanmoins l'agressé, qu'elle reviendra avec plus d'imagination, de nouveaux arguments plus percutants, plus implacables... La prochaine fois sera peut-être la bonne.

Un peu comme une éclipse, elle joue à cache-cache, fait demi-tour, puis réapparaît. Elle a tout son temps et compte sur les vicissitudes de la vie qui jalonnent le long fleuve tranquille de notre existence pour se manifester de nouveau. Eh oui ! A un moment donné, notre existence donne des signes de faiblesse. Notre corps s'épuise, se consume. Alors, nous perdons nos armes de défense. Le combat devient alors difficile, scabreux, puis inégal. C'est alors la reddition, devant celle qui attend calmement son heure.

On se demande toujours pourquoi elle s'attaque à une personne plutôt qu'à une autre. Outre son hypocrisie, elle est sans pitié, injuste, opérant sur des enfants qui découvrent à peine l'existence, sur cet homme en bonne santé. Elle peut très bien enlever à cette femme l'être précieux auquel elle tient le plus au monde : son enfant. Elle ne fait aucun sentiment, aucune discrimination : hommes blancs, hommes de couleur, riches, pauvres…

La programmation de l'agression est aléatoire. Selon son angle d'attaque, elle se présente sous des noms différents : Alzheimer, Parkinson, Infarctus, Méningite, Thrombose, Embolie…

Selon les circonstances, son œuvre dévastatrice est lente, très lente. Parfois, elle est imprévisible, rapide, foudroyante…

Il arrive que l'imbécillité de l'homme et son incroyable vanité, lui facilitent son œuvre, quand il est au volant de son automobile…

Certains parfois, anticipent le combat qu'ils devront livrer un jour contre elle. Non pas par résignation, mais parce que leur état d'aliénation mentale leur font perdre conscience de toute réalité. Leur névrose les enferme dans le monde du néant....

Mais la grande majorité d'entre nous ne pense pas à elle et qu'elle puisse nous surprendre, pour porter atteinte à notre intégrité physique.

Vous l'avez sans doute deviné, celle qui fini toujours par l'emporter sur tous les êtres biologiques s'appelle la Mort. Cette mort tant redoutée, effroyable, pétrifiante…

Le seul espoir qui réside en nous pour l'affronter, c'est la foi, la croyance aux préceptes religieux.

Quand l'heure sonne, les préceptes confessionnels oubliés émergent dans la tête…

Le pardon de Dieu, la résurrection… ces pensées divines se brouillent dans notre tête. Le tourbillon des souvenirs s'accélère. Nous fermons les yeux. La vie matérielle va se transformer en vie métaphysique. Nous partons vers l'au de-là affronter une nouvelle vie, éternelle celle-là.

Enfin, nous allons pouvoir faire un énorme pied de nez à la Mort. Pour une fois, nous serons plus forts qu'elle. Quelle revanche éclatante. Une longue vie de quiétude, va commencer…


C. HOMBERT

Août 2000