DEUX MONUMENTS REUNIS

Pour fêter ses 40 années de carrière, il avait demandé à son producteur d'organiser un concert géant sur le Champs de Mars, entre la Tour Eiffel et l'Ecole Militaire. Pour donner à la manifestation encore plus d'éclat, il fut décidé de la coordonner avec une animation pyrotechnique.

Afin de financer et mettre en œuvre cette colossale opération, d'un montant de près de 40 millions de francs, TF1, la Ville de Paris et la société de disque du chanteur, Universal, s'étaient mis d'accord pour apporter les fonds nécessaires.
Pendant plusieurs jours, plus de 800 personnes furent mobilisées. Des milliers de lampes, des kilomètres de fils électriques et l'installation d'une sono, dont on ne compte plus la puissance en watts, furent nécessaires pour mener à bien l'entreprise.

Et tout fut près pour cette journée mémorable, même les conditions climatiques.

Ce samedi 10 juin 2000 à 9 heures, accompagné d'une musique venant de l'au-delà, le chanteur apparu sur scène, sortant d'une grande bulle, puis dans un déchaînement de cris et de ferveur populaire, il commença par "allumer le feu" chanson fétiche, qui enchanta les quelque 400000 personnes venues voir le dieu.

Le spectacle était grandiose, magistral, monumental. Outre la qualité sonore remarquable, les fantastiques jeux de lumières projetées sur la scène évoquaient des visions psychédéliques. La débauche de feux d'artifice et de rayons laser partant dans tous les sens de la Tour Eiffel, nous remettait en tête le sublime spectacle pyrotechnique du premier jour de l'an 2000.

Sur le plateau, la bête de scène avait "tombé la veste" et en vrai professionnel, chantait "en live" sans discontinuer. Selon les chansons, les voix mélodieuses de ses choristes venaient accompagner celle de l'artiste. Les solos de guitares lâchaient leurs suaves et harmonieux décibels. Les cuivres rutilants n'en finissaient pas de déverser leurs flots ininterrompus de sons syncopés. L'organiste dispersait des notes à sonorité différente, d'une parfaite limpidité et pureté. Perché sur un promontoire, le batteur déchaîné, rythmait à l'aide de ses baguettes les morceaux musicaux. Seul moment de répit pour lui : les chansons à tempo lent. Heureusement, il y en avait quelques unes qui venaient calmer les ardeurs des milliers de fans. Sans cette accalmie, il n'aurait pu tenir la cadence.

Pour agrémenter le concert, quelques uns de ses amis artistes, étaient venus lui donner la réplique. Les danseuses du Crazy Horse apparurent également sur scène le temps d'une chanson pour apporter une touche chorégraphique sensuelle.

L'embrasement de la Tour Eiffel n'en finissait pas d'illuminer le ciel de Paris. Après environ 3 heures de spectacle, l'immense foule n'était toujours pas rassasiée. Elle en voulait encore.

Après le Parc des Princes, le Stade de France, l'artiste avait réussi son pari fou : faire à Paris un méga spectacle, pour employer un mot à la mode et satisfaire ainsi son public. Les dizaines de milliers de fans, représentant parfois deux, voire trois générations, étaient tous émerveillés par l'énergie que dégageait sur scène leur idole.

Ils n'ont pas oublié que leur chanteur avait eu une enfance chaotique et des débuts difficiles il y a quarante ans. A cette époque, le show biz, n'appréciait guère le nouveau style musical venu des U.S.A. : le rock and roll. Mais la Nouvelle Vague déferla, et malgré les critiques, le style s'imposa.

Nul doute, cette soirée inoubliable restera gravée dans leur mémoire.

Aujourd'hui adulé, glorifié par des millions de français, il reste toujours le premier.

Mais revenons au spectacle. Vous l'avez sans doute deviné : il y avait ce jour deux monuments : la majestueuse Tour Eiffel et le non moins majestueux Johnny Hallyday.

Johnny n'est pas un Grand Homme politique ou un grand militaire. Il ne rejoindra pas un autre monument : le Panthéon.

C. HOMBERT

Juin 2000