LA MNEF, VOUS CONNAISSEZ ?

Non. Ce ne sera pas la fin des "affaires". Il y en a une nouvelle qui vient de sortir du chapeau des juges. Après les emplois fictifs à la mairie de Paris, du temps où Jacques Chirac en était le maire, c'est le scandale de la MNEF qui prend le relais et occupe une place prépondérante dans l'actualité et qui bien entendu, passionne l'opinion publique.

Les malversations ont toujours existé, mais si l'on l'on ne remonte pas trop loin dans le temps, c'est à dire au début de la cinquième république, elles étaient noyées dans l'oeuf. Quand un juge instruisait une affaire un peu délicate (souvenez-vous de Elf, les avions renifleurs, l'avoir fiscal d'un premier ministre...) il en était dessaisi si ses conclusions n'allaient pas dans le sens des recommandations Élyséennes. Le juge instructeur était bien entendu promu dans une autre région. Le cordon ombilical entre l'Etat et la Magistrature n'était à l'époque pas coupé…
Les affaires existaient donc bien, mais elles n'éclataient pas au grand jour. En outre, l'information étant totalement contrôlée…

Les détournements mêlent le monde de l'industrie et des finances avec celui de la politique. Sauf cas particulier, les détournements ont pour but d'alimenter les caisses des partis politiques, de tous les partis politiques. Pour promouvoir leur idéologie et étendre leur audience, tous ces partis ont besoin d'argent. Les élus sollicitent en permanence et exercent d'une manière insidieuse des pressions sur des industriels et chefs d'entreprises, pour qu'ils versent sur des comptes bancaires, ouverts hors de France en général, des commissions occultes plus ou moins importantes. Pour ce faire, d'habiles montages financiers sont donc inventés.

Les hommes politiques, initiateurs des démarches, sont pleins de reconnaissance envers leurs généreux donateurs et ils n'hésitent pas bien sûr, à renvoyer l'ascenseur en leur octroyant des marchés publics.

Avec l'étalement au grand jour dans les années 80 de toutes ces magouilles politico-financières, Lionel Jospin voulu, quand il arriva à Matignon, réhabiliter la classe politique, pour effacer deux décennies d'agissements malhonnêtes, d'errements imputables aussi bien à la Droite qu'à la Gauche. Il décide de mettre fin à l'hypocrisie. Pour effacer tous ces scandales à répétition, il fait adopter par le Parlement, un texte de loi attribuant aux partis politiques, des ressources provenant le l'Etat pour financer les campagnes électorales. Ressources octroyées proportionnellement à la représentativité des mouvements. En contrepartie, ils étaient tenus de réduire leurs dépenses colossales en matière d'édition de tracts ou d'affichage, de ne pas dépasser les sommes versées et d'accepter le contrôle des frais de financement des campagnes. La réglementation est d'ailleurs assez sévère et intransigeante. Certains hommes, de Droite ou de Gauche l'ont appris à leur dépens, puisque leur élection a été invalidé par le Conseil Constitutionnel.

Même si le texte de loi n'a pas requis l'assentiment du public, il a le mérite de rendre plus limpide le financement des campagnes électorales et de moraliser la vie politique. Maintenant, les partis ont les moyens suffisants d'assumer leurs frais de campagne. Il n'ont donc plus aucune raison de faire appel à ces concours financiers frauduleux. Il était temps de restaurer l'image ternie de nos braves politiciens, passablement brocardés ces derniers temps.

Pour la MNEF, de quoi s'agit-il ? Cette mutuelle a une vocation sociale. Elle vient en aide aux étudiants en participant à leurs dépenses de santé. Mais outre cet engagement, l'organisme alimentait les caisses du Parti socialiste depuis de nombreuses années. Les formes en étaient simples : emplois fictifs de cadres dirigeants, organisations de congrès, paiements d'honoraires à des sociétés de services ayant fourni un travail pour le Parti, paiements d'importantes factures relatives à l'achat de tracts, d'affichettes ou d'encarts publicitaires, remboursements de frais en tout genre et puis probablement paiements de diverses prestations dont on ne saura jamais si elles étaient justifiées ou non.

L'affaire est prise très au sérieux par les nouveaux dirigeants socialistes (par opposition à l'équipe Mitterrand). Deux dirigeants de la MNEF viennent d'être mis en examen, des députés socialistes mêlés à cette affaire sont contestés par leur base… Fidèle à la ligne de conduite définie par Lionel Jospin, qui prône une politique vertueuse, si tant est qu'elle ait un sens, Dominique Stauss Khan, ministre de l'Economie et des Finances, démissionne. En effet, la justice risque de le mettre en examen pour une histoire d'honoraires versés - de l'ordre de 300000 francs - en contrepartie d'un rapport effectué pour le compte de la MNEF il y a quelques années ! Le renoncement à son poste ministériel permettra à DSK, comme on le surnomme, d'accéder à son dossier, afin de préparer sa défense. Dur dur d'être un homme public.

Mais l'affaire se complique : une troublante association, nommée France-Taïwan, subventionnée par la MNEF, vient se greffer à l'histoire. Avec Elf (toujours dans les "affaires"), cette association serait mêlée à la vente de bâtiments de guerre, d'avions et d'appareillages militaires à ce pays asiatique…

Les juges auront bien du mal à démêler l'écheveau du nébuleux fonctionnement de cette généreuse mutuelle.

Des dirigeants de la MNEF sont mis en examen, un élu socialiste se met en réserve, d'autres vont peut être suivre… Comme le dit Charles Pasqua : "laissons faire les choses. Tout va s'arranger".

Eh oui ! Comme toujours d'ailleurs…

L'ambition et la concupiscence font parties de la nature des hommes. Le monde est ainsi fait. L'honnêteté absolue n'existe pas chez les citoyens. Pourquoi existerait-elle chez nos gouvernants ?

Christian HOMBERT

Novembre 1999