UN EXEMPLE A SUIVRE

Beaucoup d'entre nous, du moins ceux qui s'intéressent aux choses du tennis, se souviendront du dernier match que Jimmy Connors a disputé lors des Internationaux de France à Roland Garros. Ce joueur exceptionnel, force l'admiration.

Après avoir foulé pendant plus de 20 ans tous les courts de la planète, le joueur n'a pas changé : la qualité de son jeu est toujours restée la même. Son légendaire revers à deux mains laisse toujours perplexe les enseignants qui trouve le geste peu orthodoxe et inefficace. Les adversaires qu'il a rencontrés étaient bien entendu d'un tout autre avis.
Tenace, même dans les moments les plus difficiles d'une rencontre, sa rage de vaincre reste inébranlable. Sa pugnacité au cours des échanges n'a jamais été altérée avec le temps.

S'il a conservé ces qualités tennistiques et vertueuses, un élément naturel vient pourtant perturber le bon fonctionnement de la machine Connors : la condition physique. En effet, celle-ci, au fil du temps, s'amenuise et décroît inexorablement. Le corps s'affaiblit, la masse musculaire décroît...

Malgré cette diminution physique, il ne perd pas le moral, mais force est de constater qu'elle ne lui permet plus de soutenir pendant 3 heures des échanges de haut niveau devant la relève des jeunes joueurs impétueux, qui ont envie de gagner bien sûr, mais aussi d'en démordre avec le "vieux" et l'épingler à leur palmarès. C'est la dure loi du sport.

Pour maintenir cette excellente condition, ce presque quadragénaire, a durant toute sa vie de sportif, puisé sa force, son énergie et son enthousiasme dans l'équilibre familial et dans un environnement sain et naturel. Pas d'excès, pas d'abus.

Certes Jimbo, comme on le surnomme sur les courts, a toujours eu un caractère exécrable, mais malgré les avertissements et les amendes que les juges arbitres lui ont infligé tout au long de sa carrière, il a toujours été un modèle de loyauté. Il fallait entendre la bromca qui montait des tribunes quand Jimmy contestait avec une véhémence hors du commun un point qu'on lui refusait, parce qu'il pensait que la balle était bonne alors que le juge l'estimait faute. Avait-il tort ? Avait-il raison ? Une chose est sûre : à la fin de la rencontre, le public ne lui en voulait jamais, car il le savait honnête..

Tout comme Agassi ou Mac Enroe, Connors a su, par sa personnalité, attirer la sympathie des foules, mais surtout, il a contribué à enlever à ce sport tout le décorum, tout le classicisme dont il était emprunt depuis des années. Bien que ce conformiste soit toujours latent, il a été sérieusement entamé.

Le tennis de haute compétition est un sport difficile. A ce niveau, le maintien de la forme physique est prépondérant. Il est tout à fait normal qu'à 40 ans, même si l'on a encore l'enthousiasme et la rage de vaincre, on n'ait plus les ressources physiques nécessaires pour rivaliser avec les jeunes joueurs qui arrivent sur le circuit.

Lorsqu'il est sorti du court, pour son dernier grand tournoi, le public de Roland Garros a rendu à Jimmy Connors, un vibrant hommage. dont il se souviendra.

Nul doute, Jumbo continuera à pratiquer le tennis et à gagner des tournois...avec les vétérans.


C. Hombert
Juin 1992