LES TERRILS

Audiffret et Renard étaient dans les années 1880, fondés de pouvoir et administrateurs des compagnies minières qui exploitaient les fosses situées pour la première à Escaudain et pour la seconde à Denain. Ils ont laissé leur nom aux deux terrils encore présents. Classés patrimoine historique, ils seront théoriquement conservés à tout jamais dans ce Denaisis, jadis si prospère.
Distants à vol d'oiseaux que de quelques kilomètres, on les aperçoit de loin. Selon la position d'observation, ils se profilent à l'horizon, soit l'un derrière l’autre quand on descend vers le Sud, soit côte à côte si l'on vient de l'Ouest.

Un provincial qui vient découvrir la région, s'étonne toujours de voir ces protubérances, ces singulières pyramides coniques érigées dans le plat pays.

Certes détonants dans la plaine, ces majestueux terrils, d'une époque maintenant révolue, sont le symbole de l'immense travail accompli par les hommes de la mine, dans des conditions difficiles, pénibles, voire parfois inhumaines. En outre, pour certains d'entre eux, ces conditions harassantes, leur provoquaient une maladie invalidante et irrémédiable : la silicose.

Quand on pense qu'à l'époque, l'extraction n'était pas automatisée, on mesure mieux le travail accompli par les mineurs pour retirer des veines de houille, ces millions de mètres cubes de stériles, issus du charbon et gerbés sous cette forme géométrique.

Avec le temps, la nature s'est imposée : elle a embelli ces terrils. Une végétation bien particulière est née. De l'herbe, des fougères, des chardons et quelques essences d'arbres, dont quelques petits cerisiers sauvages, ont réussi à pousser sur cette terre non fertile. Parallèlement à la naissance de ce nouvel environnement, une faune est apparue.

Quand on se retrouve au pied de ces "pyramides", une envie irrésistible de les escalader nous prend. C'est sûr, il ne faut pas avoir le vertige et posséder une petite dose de témérité, car la matière qui forme ces terrils est friable, ce qui rend la descente scabreuse. Ces conditions requises, la montée abrupte est parfaitement réalisable par tout un chacun.

Une fois au sommet d'un terril, le spectacle que l'on découvre est magnifique. La région entière s'offre à nos yeux, pour peu que les conditions atmosphériques soient propices. Au Nord, on aperçoit l'immense forêt domaniale de Saint Amand, au Sud, de grands espaces verts qui ont remplacé les cheminées des usines disparues. En pivotant de 360 degrés, on peut distinguer les clochers et les châteaux d'eau qui se dressent à l'horizon. En août, des "roues" de paille bien alignées, corollaire de la moisson des champs de blé, matérialisent l'évolution de la mécanisation agricole.

Le terril Renard se distingue de celui d'Audiffret : d'une part, il est plus imposant, d'autre part, sa crête est toute rouge, mais au sommet des deux, on aperçoit encore les supports en acier formant la structure du long chemin ferré sur lequel les berlines étaient hissées au sommet pour y déverser leur contenu.

La vue imprenable de l'étendue de la plaine n'est certes pas comparable à la beauté d'une vallée montagneuse, mais ces merveilleux vestiges, fruit du travail accompli, sont l'orgueil du Denaisis.

Si l'industrie de la mine a contribué à l'élévation du niveau social des habitants de toute une région, elle a aussi un passé peu glorieux sur le plan des conditions de travail. En effet, pour améliorer la productivité afin d'être rentable et de dégager plus de profits, des cadences infernales d'extraction du charbon étaient imposées aux mineurs. Plus de 100 ans après l'avènement de la mine, rien n'a vraiment changé aujourd'hui : pour rester compétitif, mondialisation du commerce oblige, les organisations industrielles sont sans cesse remises en cause. Dans le secteur privé, les cadences de travail ne sont certes pas inhumaines comme à l'époque de Zola, mais la charge des tâches est sans cesse en augmentation.

Certains terrils aux alentours n'ont pas eu la chance d'être classés sites historiques. Ils ont été arasés.

Leur contenu a servi de matériau de base pour la construction d'infrastructures routières. Les mineurs de l'époque n'auraient jamais imaginé que les schistes, c'est ainsi qu'on appelle la roche friable des terrils, auraient servi à recycler les routes.

C . HOMBERT
août 1999