HECATOMBE

Huit mille quatre cent trente sept, c'est le nombre de personnes qui ont été tuées sur les routes de France en 1998. Si l'on y ajoute les quelque 165000 blessés, dont certains seront handicapés à vie, on mesure mieux l'étendue des conséquences humaines et sociales que représentent les accidents de la circulation.

Deux causes principales sont à l'origine de cette hécatombe : l'excès de vitesse et la conduite en état d'ébriété ; la seconde étant parfois le corollaire de la première.
Depuis longtemps, les gouvernements successifs, s'attaquent à ce fléau en légiférant : baisse du taux d'alcoolémie, limitation de vitesse, amendes plus fortes, peines dissuasives...

Le ministère de l'Equipement améliore sans cesse les structures routières et la signalisation, afin de donner aux automobilistes un maximum de confort et de sécurité. Les bureaux d'études des constructeurs innovent constamment dans le domaine de la sécurité des véhicules. Même si l'amélioration de celle-ci est sans conteste, il n'en demeure pas moins vrai que le nombre d'accidents entraînant la mort ne diminue pas.

Jean Claude Gayssot, ministre des transport du gouvernement, va soumettre un projet de loi, dont l'objectif est de réduire de moitié, sur une période étalée sur cinq ans, le nombre de tués. Ce projet devrait mettre l'accent sur l'augmentation des peines qui seront infligées aux contrevenants. Il va même plus loin : en cas de récidive, pour un dépassement de vitesse de 50 km/heure au delà de la limite autorisée, il est prévu dans le texte de loi, de rendre pénalement responsable l'automobiliste.

Les effets de la future loi permettront-ils de réduire le nombre des accidents ? Je n'y crois pas trop. Par contre, j'ai ma propre solution. Elle va en heurter plus d'un, mais je suis convaincu de son efficacité. Elle passe par une prise de conscience des automobilistes français. Pour ce faire, il faut les sensibiliser plus fortement sur les effets dévastateurs des accidents de la route, en leur imposant la visualisation d'images choc. Comment traduire cette aspiration ? En disposant tout simplement le long des routes, à l'endroit où s'est produit un grave accident entraînant la mort ou l'infirmité rédhibitoire d'un individu, le véhicule difforme, ratatiné, dans lequel des victimes de l'inconscience humaine ont trouvé la mort.

Accessoirement, il faudrait également disposer près du véhicule parfois informe, une pancarte indiquant les causes de l'accident, le nombre de personnes tuées ou handicapées à vie.

Enfin, il faudrait mettre l'accent sur les circonstances de l'accident et décrire succinctement la scène d'horreur constatée sur place par les sauveteurs : enchevêtrement ou écrasement des personnes qu'il faut parfois désincarcérer de l'amas de ferraille, exclusions d'organes, projection de sang... Eh oui, être sauveteur c'est avoir une sacrée dose de courage pour affronter ces situations insoutenables, parfois répulsives.

Le choc brutal de ces informations spectacle, j'en suis convaincu, nous ferait réfléchir sur les conséquences de notre indiscipline au volant.

Les médias ne cessent de nous rabâcher les sempiternels conseils de prudence, notamment les jours de grand départ. Personne n'écoute. On est surtout préoccupé par les embouteillages que nous allons rencontrer.

Il faut que nous prenions conscience que la mort ou l'infirmité, au détour d'un chemin, peut nous concerner. L'accident, c'est pas toujours pour les autres.

Parfois, il nous arrive d'être discipliné à la vue d'un gendarme, et de se rappeler les règles élémentaires du code de la route. Cette réminiscence est malheureusement furtive, car une fois les gendarmes hors de vue, notre individualisme reprend bien vite le dessus.

Nous sommes un pays de 60 millions d'habitants. Si l'on admet que les morts par accidents de la route est en soi une réalité et une fatalité admise par tous, eh bien que l'hécatombe continue !

Mais si l'on veut agir en citoyen responsable, il serait temps de s'attaquer sérieusement au problème, car un autre facteur va venir s'additionner aux 2 causes de mortalité routière : le cannabis. Sa consommation semble être acceptée maintenant par les biens pensants, les idéologues, les utopistes de notre société permissive. Eh oui ! Après l'alcool au volant, ce sera bientôt le cannabis au volant. Changement d'époque.

Sans modification profonde de nos comportements, il n'y aura pas de salut.

C. Hombert

Juin 1999