SACRE BIGEARD

J'ai toujours éprouvé de la sympathie et de la considération pour le général Bigeard. Mais ce matin de février, c'est plus fort que moi : en écoutant l'interview accordée à l'impertinent Karl Zéro sur Europe 1, je ne peux m'empêcher de sourire et réagir favorablement aux propos de l'ancien militaire.

J'eus un large sourire, quand il parla des coups de pieds dans le cul qu'il avait reçus à l'âge de 14 ans. Maintenant, compte tenu de son âge, il n'y avait que ce qui était au dessus de sa ceinture qui fonctionnait à peu près bien. Ce qu'il avait en dessous, ne servait plus à grand chose... Propos tendancieux, un tantinet libertins, bien dans le style du personnage.
Le général Bigeard, c'est l'éternel défenseur de l'armée, le militaire convaincu, toujours aussi rabelaisien et pittoresque dans son langage quand il s'agit de défendre cette grande institution.

Bien que je n'ai pas effectué mon service militaire pour cause d'infirmité rédhibitoire, je partage avec lui - et d'autres - sa conception de l'armée et de l'idée qu'il s'en fait.

Aujourd'hui c'est vrai, la conjoncture politique internationale est différente. La guerre froide est terminée. Les probabilités de conflits entre les deux blocs sont inexistantes.

Mais ici et là dans le monde, il y a toujours des guerres larvées, inévitables entre ethnies ou factions s'opposant entre elles. Nous ne sommes nullement à l'abri d'un conflit qui s'envenime au point de provoquer une escalade, entraînant ainsi plusieurs pays dans une guerre mondiale. Les deux dernières n'ont-elles pas commencé comme cela ?

Le monde change, évolue, l'armée doit également suivre ce mouvement et s'adapter aux mutations inéluctables. Mais l'armée doit être forte, composée de professionnels équipés en matériel ad-hoc et disposer des dernières technologies de défense. Un pays sans armée est un pays vulnérable, soumis aux convoitises de l'Homme. L'Histoire récente nous l'a démontré. La France a déjà donné.

Même si les risques de guerre sont aujourd’hui inexistants il faudra toujours rester vigilant.

Par ailleurs, je suis convaincu que notre force suprême de dissuasion est nécessaire, et je ne doute pas un seul instant que le général Bigeard pense le contraire.

Je suis néanmoins en désaccord sur son analyse pour régler les problèmes de société, notamment ceux des banlieues. Je ne partage pas son point de vue quand il pense résoudre les problèmes en occupant les jeunes par le foot, le basket, ou autres activités culturelles. Tout cela n'est que placebos. Le seul remède contre l'exclusion contre la oisiveté qui engendre la délinquance, c'est le travail. L'inactivité est la voie ouverte à toutes les formes de vices, de violences. Mettre quelqu'un au travail c'est lui donner un objectif, une motivation, une raison de vivre...

Le général sort là de son registre. Nos hommes politiques n'arrivent pas à régler ces problèmes sociaux. Je doute fortement que l'armée puisse les solutionner.

Le général Bigeard, a été également député. Je n'oublie pas ses légendaires et truculentes interventions à l'Assemblée Nationale. Ses propos francs, directs et sans ambages détonnaient dans cet hémicycle aux habitudes policées, mais au moins, ils avaient le mérite d'être sincères. Par la forme, ses interventions faisaient souvent sourire.

Cet homme d'honneur restera à mes yeux un exemple de loyauté et d'honnêteté. A l'heure où bon nombre de nos dirigeants sont mêlés à des "affaires" que l'on découvre au fil des mois, voici maintenant qu'au niveau supérieur, celui de l'Europe, on découvre des abus, des fraudes commises par de hauts fonctionnaires. Après les chaussures payées par Elf à Roland Dumas, Président du Conseil Constitutionnel, Edith Cresson, Commissaire Européen, est accusée de népotisme...

Il ne faudra pas s'étonner lors des prochaines élections européennes de l'absentéisme des Français aux urnes.

Si les hommes politiques veulent être crédibles, qu'ils prennent exemple sur le général Bigeard.

C. HOMBERT

février 1999