LA COMMISSION

On s'en doutait un peu, le maintien à leur poste des commissaires européens ne tenait qu'à un fil. Pourtant, ils sont restés à leur place, alors que pour tenter de mettre fin à leur autorité et leur pouvoir, une motion de censure présentée par les députés européens avait été repoussée de justesse.

Les députés mettaient en doute les capacités de quelques-uns uns des membres de la commission, à gérer leur activité et souhaitaient faire la lumière sur leurs agissements et sur certaines de leurs pratiques douteuses, voire illicites.
Pour calmer le mécontentement des parlementaires, Jacques Santer, le Président actuel, qui, bien entendu par solidarité soutenait ses membres, accepta la mise en place d'un comité d'experts indépendants, chargés de faire toute la lumière sur le travail et sur la conduite des affaires des membres de la commission. Il promettait en outre, de suivre les recommandations de ce comité des sages.

Quelques semaines plus tard, le couperet tombe. Le rapport du comité d'experts est brutal, sans ambiguïté et accablant. Il met en cause la commission en tant que collège, mais il vise 6 membres de celle-ci, au premier rang de laquelle se trouve la française Edith Cresson.

Ce lundi 15 mars 1999 aura donc été un jour noir pour cette grande Institution qu'est la communauté européenne. C'est une première dans son histoire, après 42 ans de fonctionnement, malgré les crises qu'elle a traversées au cours de son existence, la Commission démissionne collectivement !

Alors de quoi s'agit-il ? Le rapport explosif charge six membres de la Commission. Edith Cresson, est accusée d'avoir embauché son ami dentiste de Chatellerault, en tant que visiteur scientifique. L'engagement était irrégulier. De plus sa mission n'était pas effectuée dans l'intérêt général, mais dans celui de Mme Cresson.

En ce qui concerne M. Liikanen, les sages lui reprochent des contrats irréguliers.

Messieurs Marin et Pinheiro, ainsi que madame Wulf Matthies, se sont vus reprochés également l'embauche de proches de leur famille.

M. Santer enfin, aurait fait bénéficier une de ses sociétés, de fonds communautaires.

Abus de bien sociaux, pratiques frauduleuses, népotisme et favoritisme sont les chefs d'accusation annoncés. Plus grave encore, le rapport estime que la commission a totalement perdu le contrôle de son administration !

Ainsi, malgré les grands discours, les déclarations de nos hommes politiques prônant la vertu, l'honnêteté, les combines, les prévarications, le népotisme, la corruption, les fraudes existent toujours.

Il faudra encore pratiquer des opérations "mains propres" pour assainir le fonctionnement de la vie publique et changer les hommes en place, par d'autres, irréprochables, intègres et probes. Mais en existe-t-il ?

Combien de fois a-t-on entendu à différents niveaux, tant le plan professionnel, que sur celui de la politique, la phrase suivante : "les autres en font autant", en parlant de ces pratiques peu orthodoxes, peu avouables. Soyons un peu naïf et espérons que l'honnêteté et l'intégrité prendrons le dessus sur le mensonge, la duplicité et l'hypocrisie, même si parfois, on reste "limite limite", comme disait Michel Rocart en parlant de François Mitterrand.

Cette affaire arrive à un mauvais moment, puisque les élections européennes approchent.

Les électeurs des Etats membres boudaient déjà l'Europe par leur absentéisme aux urnes et par leur affirmation timide pour l'adhésion au traité de Maastricht en 92. Que vont-ils en penser maintenant ?

Cette crise apportera probablement de profonds changements dans l'organisation, dans le fonctionnement de cette grande Institution, mais elle s'en remettra. Elle en connaîtra bien d'autres, peut être plus importantes, quand il faudra régler les inévitables problèmes que causera l'adhésion prochaine des pays qui frappent à sa porte.

Après les chaussures de Roland Dumas payées 11000 francs par Elf, après la corruption de certains membres du Comité Olympique, en matière de scandales, l'actualité est toujours aussi bien remplie. A quand la prochaine "affaire" ?

C. HOMBERT
Mas 1999