USINOR, DEJA 20 ANS...

Beau cadeau pour passer les fêtes de Noël et de fin d’année. Le 12 décembre 1978, le couperet tombe : la direction d'Usinor annonce la fermeture de son site de Denain où travaillent 6800 personnes. Pour justifier son impitoyable et irrévocable décision, le P.D.G. de l'époque invoque la surproduction des fabrications de son groupe.

En vérité, il n'y avait pas de surproduction, mais surcapacité des outils de production. Ce n'est pas tout à fait la même chose. D’ailleurs, la production globale de l'époque, tous sites confondus, a été maintenue, puis avec le temps, a augmenté et ce, avec moins d'outils, donc moins d'usines et de personnes. Il fallait donc réduire les capacités de production. Denain a malheureusement été choisi. Aujourd’hui, le Groupe produit davantage, avec deux tiers d’effectif en moins. Logique économique implacable.
Pour répondre à la colère des sidérurgistes à qui on volait ce qu’ils avaient de plus précieux, l’emploi, le gouvernement, mis en place une convention spéciale, dont la finalité était de faire partir en préretraite, toutes les personnes âgées de 50 ans et plus.

Grâce à cette mesure, l’absorption des sureffectifs s’effectua en douceur et favorisa le départ de milliers de personnes avec des conditions pécuniaires avantageuses. En outre, cette disposition permis de maintenir le potentiel sidérurgique français.

Il y a vingt ans déficitaire, nationalisé et considérablement endetté, le groupe sidérurgique, présidé aujourd’hui par Francis Mer, est privatisé et coté en bourse. L’entreprise s'est adaptée aux marchés et apporte des dividendes à ses actionnaires. Usinor est devenu aujourd’hui le premier producteur de produits plats européen.

Si la raison officielle qui a motivé la fermeture de l'usine de Denain était la surproduction, d'autres raisons, plus sournoises, plus factuelles, doivent être évoquées. Même si elles ne sont pas liées directement à la raison officielle, elles ont contribué à affaiblir les différents résultats financiers de l’entreprise.

La première était le sureffectif notoire. L’usine, avec le personnel de l'époque, amputé d’un tiers, pouvait très bien assurer la même production. Cet effectif est devenu pléthorique quand par solidarité, elle a accueilli les salariés de Louvroil, d'Anzin et de Trith, dont les sites étaient progressivement rayés de la carte pour cause de non-rentabilité. L’inadéquation effectif/production devenait donc de plus en plus criante.

La deuxième raison, est le laxisme de la direction qui n'a jamais mis en place des moyens pour contrôler les dépenses de chaque service. Le métier de contrôleur de gestion n’existait pas à l’époque. Maintenant toutes les sociétés nomment des personnes à ces postes devenus essentiels. Gare à ceux qui ne justifient pas leurs écarts budgétaires !

Produire, produire, produire, c’était le leitmotiv de l’époque. Les chefs de division produisaient de la fonte et de l’acier, sans se soucier de leurs prix de revient.

Si des investissements et des restructurations internes à l'établissement avaient eu lieu, accompagnés d'une réorganisation du travail, nous n’en serions pas là…

Mais le groupe qui avait investi à tort, obligé par le gouvernement de l’époque Pompidou, dans la construction d'un nouveau site à Fos sur Mer, ne pouvait plus dégager de crédits d’investissements pour ses sites historiques.

Autre handicap : il était impossible de changer radicalement les habitudes et les mentalités de l'usine trop profondément ancrées dans un paternalisme désuet et enferré dans des traditions syndicales bien enracinées.

Si l’on tient compte enfin de la gabegie manifeste, des magouilles pratiquées à tous les niveaux, l’impossibilité de licencier les alcooliques, les tirs au flanc notoires, on comprend mieux pourquoi la fermeture était inéluctable.

Ah ! J’oubliai un dernier élément et non des moindres : les interférences et les implications du monde politique avec celui économique (les dirigeants de l’époque), n’ont pas été étrangères à la décision de fermeture. En effet, il n’y avait aucun intérêt à maintenir une usine dans une région gérée par des hommes politiques de Gauche, usine qui générait des retombées fiscales pour les communes de Denain, Douchy, Escaudain, Lourches… toutes de ce bord...


C. HOMBERT
décembre 1998