PAUVRE NINO

Après Roger Quilliot, homme politique et maire de Clermont Ferrand, qui a mis fin à ses jours dernièrement, Nino Ferrer vient à son tour de se donner la mort, dans un champ situé sur la commune de saint Cyprien dans le Lot, commune dans laquelle il résidait depuis plus de 20 ans maintenant.

Si l’homme politique s’est suicidé parce qu’il ne supportait plus la dégradation physique due en partie à son âge, mais aussi à cause de la maladie qui le rongeait, la disparition de Nino Ferrer peut surprendre.
Certes pessimiste de nature, rien dans son attitude ne pouvait laisser prévoir qu’il se donnât la mort d’une façon aussi brutale et soudaine.

Chanteur et compositeur à succès dans les années 65, ses titres étaient souvent en tête des hits parades de l’époque.

Les gens de sa génération se souviennent encore des ses titres burlesques qui ont fait sa gloire : « Gaston y’a l’téléfon qui son », « Mirza », « Les cornichons » et quelques années plus tard, des chansons plus mélodiques et poétiques comme « La maison près de la fontaine » ou « le Sud ».

Retiré dans le Lot, il avait toujours refusé d’entrer dans le moule imposé par le show biz. Ce fameux show biz, passage obligé du vedettariat, qui gère selon les humeurs et les mœurs de certains de ses membres influents, les carrières des chanteurs.
Il a eu tort : sa carrière s’est terminée prématurément....

Nino Ferrer, homme de cœur, d’une extrême simplicité et gentillesse ne pouvait se reconnaître dans ce monde artistique artificiel, véritable miroir aux alouettes, où tout est truqué tout n’est que façades, fanfaronnades et hâbleries.

Peu importe, les quelques années de succès et les « tubes » que l’on passe encore sur les ondes, lui assuraient toujours une existence matérielle confortable.

Sa passion restait toujours la musique -il était un excellent jazzman- et plus récemment, il avait découvert la peinture.

Difficile de comprendre dans ces conditions les motivations qui ont poussé cet homme équilibré au suicide.

Souvent le suicide a une justification. Pour Nino Ferrer, il suscite des interrogations. Les habitants du village où il était très populaire, pensent qu’il avait été très affecté par le décès de sa mère il y a une quinzaine de jours. Mère qui représentait pour cet homme de descendance italienne, un socle véritablement inébranlable.

Ses proches, peu nombreux du monde du spectacle, pensent au contraire que la perfidie et la sournoiserie du show biz est à l’origine de son acte irréversible.

Il a emporté avec lui son secret et les raisons qui l’ont poussé à nous quitter prématurément.

Nous garderons de lui l’image d’un homme rigolo, sympathique et généreux. Même si l’on ne comprend pas son geste, il faut respecter sa décision.

Son empreinte restera pour longtemps encore gravée au travers de ses chansons.

C .HOMBERT

août 1998