L'UN DES DERNIERS DICTATEURS


L’Indonésie, ensemble d’îles situées dans le Pacifique vient de connaître un événement considérable. Après 32 ans de pouvoir sans partage, le Président Suharto vient de donner sa démission. Quand on dit sans partage, ce n'est pas tout à fait exact, puisque le népotisme du vieux président était légendaire. Soucieux d’assurer son maintien au pouvoir il contrôlait tous les secteurs de l’activité économique et tenait les leviers de commandes de tous les organismes publics ou assimilés. En outre, il avait placé ses enfants, ses neveux, et certains éléments de sa famille à des postes ministériels ou à la tête d’importantes entreprises.
Certains militaires de haut rang profitaient également des largesses et de la générosité du Président Suharto et juste retour des choses, l’armée le protégeait contre toute opposition ou toute tentative velléitaire des minorités issues de mouvements politiques.

Utilisant son abus d'autorité, il ne cessa d'engranger pendant ses années de pouvoir une colossale fortune estimée à plus de 4 milliards de dollars ! Suharto comme tous les dictateurs était un homme avide de pouvoir et d’argent.

Un an, jour pour jour, après le départ de Mobutu, c'est donc à son tour de faire les frais de la vindicte populaire. Un dictateur en moins, mais il en reste encore quelques-uns uns dans le monde, même si l’espèce commence à diminuer.

Comme les autres, ils seront un jour destitués ou renvoyés par leur peuple ou l’armée, celle là même qui les soutiennent aujourd’hui.

Pour asseoir leur autorité, les tyrans s’appuient sur cette armée, qu'ils veulent forte et puissante. Si celle-ci ne fait pas corps avec le dictateur, ce dernier ne peut régner. Mais souvent, ils se proclament chefs suprêmes de leur armée. lis peuvent donc faire régner l’ordre, comme la terreur… Pas étonnant qu’il existe de part le monde des anti-militaristes.

Les exactions, concussions et corruptions étaient monnaie courante en Indonésie. L'argent public était utilisé parcimonieusement pour la réalisation d'équipements dans le pays, pour faire fonctionner les ministères, les écoles, les hôpitaux…

Rappelons enfin que Suharto a pris le pouvoir il y a 32 ans par la force et dans le sang. Plus de 500000 indonésiens ont trouvé la mort au cour de la prise de pouvoir. La répression ensuite a été sanglante et terrible. Au Timor, province abandonnée par le Portugal, un quart de la population a été exécuté, soit 200000 personnes.

Suharto n’est malheureusement pas le dernier dictateur. Il y en existera toujours, en Asie, en Afrique, au Moyen Orient, pour s’imposer par la force. Il y aura toujours dans le monde des hommes foncièrement conquérants, des hommes despotes, qui se sentiront investis d’une mission humanitaire, salvatrice pour un peuple sous l’emprise d’un prétendu pouvoir politique totalitaire.

Magnifique Indonésie, du moins sur les cartes postales. La réalité est tout autre. La misère et la pauvreté y sont endémiques. Espérons que ne nouveau président saura mettre en place une équipe dirigeante dont le soucis premier sera d’imposer la démocratie, vecteur essentiel à toute justice sociale. Il faudra en outre qu’ils restaurer le crédit que le pays a perdu au plan international.


C. Hombert
mai 1998