UNE JOURNEE MEMORABLE.

Le football est un sport très populaire en France et en Europe. Il l'est aussi dans la région du Nord et plus particulièrement à Lens où depuis sa naissance, le club essaie en vain de décrocher un titre de champion ou une coupe de France.

Eliminés en demi-finale de la coupe de la Ligue, puis finaliste malheureux de la coupe de France, il restait aux Artésiens le championnat de France, cette épreuve prestigieuse qui couronne une longue saison sportive.
Ce samedi 9 mai fut une journée mémorable. Lens, avec 2 points d'avance, affrontait Auxerrre en terre Bourguignonne, tandis que Metz, le dauphin, rencontrait Lyon. Les supporters lensois étaient convaincus que le titre ne leur échapperait pas. Leur enthousiasme fut vite retombé après quelques minutes de jeu : Auxerre venait d'ouvrir la marque devant les Lensois, tandis que Metz inscrivait un but face aux Lyonnais. A ce moment l'attribution des points aux équipes reléguait le Racing Club de Lens à la deuxième place.

Mais à Lens, rien n'est jamais vraiment perdu. En deuxième mi-temps, les joueurs qui continuaient à pratiquer un jeu offensif réalisèrent l'exploit : le but libérateur, marqué par un défenseur, fit vibrer toute une région. Cette fois Lens était virtuellement champion. Il restait aux joueurs à maintenir ce résultat. A l'instar des grandes équipes qui auraient dans ces circonstances fermé le jeu, les vaillants Artésiens continuaient à pratiquer ce jeu vif, attrayant et plein de panache, toujours axé sur l'offensive, ce beau jeu qui fait tant plaisir. Après d'interminables minutes de suspense, le coup de sifflet final vint délivrer tous les fervents .

Le retour dans le Pas de Calais fut retentissant et mouvementé. Dans l'ancienne cité minière en liesse, les supporters n'en finirent pas de faire la fête tard dans la nuit.
Né il y a 92 ans, pas un seul trophée, digne de ce club sympathique, n'était encore venu garnir le sanctuaire de Bollaert. L'équipe a offert ce titre à son public. Public qui n'a jamais cessé de la soutenir, dans les bons et les mauvais moments. L'osmose est d'ailleurs parfaite entre le public et son équipe.

L'animation qui règne toujours autour du stade Bollaert avant chaque match est chaleureuse, ardente et passionnée. La joie qui se lit sur les visages des supporters venus là pour soutenir leur équipe et passer un bon moment.

Il faut les voir ces tribunes remplies de spectateurs exubérants, qui portent des maillots, écharpes ou casques aux couleurs sang et or. Le public lensois est considéré comme le meilleur de France. Sa sportivité n'a d'égale que sa gentillesse. Normal : les gens du Nord sont reconnus pour être des hommes plein de générosité, toujours empreints de chaleur humaine

Après chaque victoire, l'orchestre populaire du "kop" improvise une aubade à une bonne partie des supporters qui passent devant lui pour repartir. Quand l'équipe perd parce que son adversaire était le plus fort ce jour-là, on éprouve une étrange sensation en quittant le stade : le succès des Queen "We are the champion", diffusé par les haut-parleurs vient nous rappeler que le football est un sport dans lequel on ne gagne pas toujours. L'écoute de la chanson dans ces circonstances remonte le moral des supporters et leur apporte un peu de réconfort. Supporters certes déçus, mais jamais abattus.

Le football est régenté par l'argent. Des clubs comme Marseille, Paris et à un degré moindre Saint-Etienne, il a-y quelques années, tiennent souvent le haut du pavé. Ils ont décroché des titres de champion ou remporté des coupes de France. Ils ont participé avec plus ou moins de bonheur aux différentes compétitions européennes. Compétitions qui génèrent de confortables rentrées d'argent pour les clubs.

Pour gérer un grand club, il est nécessaire d'avoir un gros budget, faute de quoi, il reste un club anonyme. La presse parisienne notamment, trop partiale, loue sans cesse ces clubs de grand renom. Actuellement, Paris et Marseille tiennent la côte. Avec des budgets de plus de 30 milliards, comment ne pas être champion ? Eh bien messieurs les journalistes ou chroniqueurs sportifs de la capitale, Lens, avec un budget 3 fois moins important, vous a fait un magnifique pied de nez !

La devise du club est : "Fier d'être lensois". Voilà une devise qui correspond bien au tempérament des gens de la région lensoise durement éprouvée par la crise industrielle qui engendre un fort taux de chômage. Dans ce contexte, le football représente un moment de bonheur, de rêve et de joie.


C. Hombert
mai 1998