FRONT NATIONAL

Quand cessera-t-on de diaboliser le Front National ? A vouloir l'exclure de la vie politique, de le considérer comme un parti à bannir, je me demande si ce rejet, cet ostracisme ne lui ai pas profitable en fin de compte. Aux dernières élections (1), le Front National maintient son audience et dans certaines régions, la renforce parfois. Avec le mode de scrutin proportionnel, les élus du Front ont mélangé leurs voix avec celles de la Droite lors du vote des Présidents de région. Ce mélange a provoqué une belle pagaille et soulevé un tollé d'indignation dans la classe politique.

Des voix s'élèvent pour qualifier les sympathisants du Front National de fascistes, de collaborateurs ! Mais les personnes qui crient avec véhémence halte aux fachos connaissent-elle la signification de ces mots ? Fasciste : partisan d'un régime totalitaire. Collaborateur : quand on fait référence à la dernière guerre, adepte d'une collaboration avec l'envahisseur allemand.
Alors les 15% d'électeurs qui votent Front National sont à considérer comme étant des collaborateurs, des dictateurs, des despotes ? Certes dans ce parti il y a des xénophobes, des racistes, des extrêmes, mais ils représentent un faible pourcentage, difficile à évaluer d'ailleurs.

L'électorat du Front National se stabilise, et son audience de 15% traduit un mécontentement croissant des citoyens qui en ont assez de la politique menée aussi bien par la Droite que par la Gauche. Les Français sont indignés de constater les magouilles financières, les malversations dont nos hommes politiques sont coutumiers du fait. Ne nous faisons pas d'illusions, si le Front National était au pouvoir, il profitera lui aussi du système. Quand on contrôle un département, une région, que l'on brasse des milliards de francs, la tentation est considérable.

Il n’y a pas beaucoup d’hommes vertueux. Ils s'estiment tous probablement l'être, même quand ils détournent des fonds publics pour la bonne cause : celle de leur parti. Et quand il y a enrichissement personnel, ils se disent qu'après tout, les détournements représentent une juste rétribution du travail accompli afin d'accroître leurs faibles émoluments par rapport à ces grands capitaines d'industries qui gagnent des sommes colossales, alors que leurs employés profitent de moins en moins des profits que dégage l'Entreprise. Il faut choisir pour faire carrière professionnellement et réussir : travailler dans le privé ? Dans la fonction publique ou les grands corps d'état muni d'un mandat du peuple ?

Mais revenons au F.N. Si la Droite veut reconquérir le pouvoir, l'alliance avec le Front National sera obligatoire. Pas le Front National d'aujourd'hui, celui dirigé par un Le Pen intransigeant, un Le Pen fasciste, un Le Pen raciste, extrémiste et provocateur.

L'alliance sera possible quand le dictateur aura rejoint au Panthéon des hommes abominables, Bokassa, Somosa, Hitler, Marcos, Ceausescu, Amin Dada, Pol Pot, tous ces despotes et tyrans sanguinaires qui ont marqué l'Histoire.

C'est seulement après la disparition de ce potentat hâbleur et menteur, que le Front National sera plus crédible et à la condition expresse que ses thèses soient moins extrêmes. Alors ses rapports avec les Français se normaliseront. Il deviendra un parti comme les autres.

Au fait, on oublie parfois l'Histoire : en 1920 en Union soviétique, les bolcheviques sous l'autorité de Staline ont tué plusieurs millions d'individus. On à tendance à taire un peu trop facilement les jacqueries réprimées avec violence, les révoltes ouvrières tuées dans l'œuf, les famines organisées, les déportations, l'extermination des cosaques...

Le Parti Communiste n'a pas de leçons de morale à donner au Front National, car si une mouvance représente une idéologie fasciste, c'est bien celle du communisme soviétique.

Je n'épouse pas les idéaux du Front National, mais je suis convaincu que dans notre démocratie, ce parti à un rôle à jouer. A vouloir le marginaliser, l'isoler, on risque d'accroître encore plus son audience.

(1) les Régionales de mars 1998.


C. HOMBERT
Avril 1998