LOGIQUE ECONOMIQUE

Alors que les plus importantes sociétés industrielles françaises annoncent des bénéfices substantiels et qui prévoient de réaliser des investissements importants en matière d’équipements, Renault annonce la suppression de 1500 emplois !

Que l'entreprise licencie une partie de son personnel pour ajuster les effectifs à la charge de travail, parce que celle si a baissé en terme de volume de production peut se concevoir, mais qu'elle se sépare d'une partie de son effectif en prévision d'une mauvaise conjoncture future, ou pour réaliser encore plus de profit, la mesure dépasse l'entendement pour le citoyen moyen que nous sommes.
Et pourtant, il y a là dans ces mesures quelque chose de logique. La vocation de l'Entreprise est de fabriquer, de produire ou d’apporter un service. Elle crée ainsi de la richesse tout en stimulant l’économie d’un pays. Mais son autre vocation, plus essentielle celle-là, c’est de réaliser dans le même temps un profit : c’est la philosophie du capitalisme. Les actionnaires n’admettraient pas, quand ils placent de l’argent sous forme d’actions ou tout simplement sur un livret d’épargne, que leurs revenus financiers soient négatifs.

Voici un exemple typique de cette logique : un citoyen qui achète par exemple 10 actions Renault, va difficilement accepter que la Régie fasse des pertes, car le revenu de son placement sera inexistant. Il vendra donc ses actions, parce qu’il ne croira plus aux capacités de Renault à dégager des bénéfices. Si tout le monde résonnait comme ce citoyen, l’entreprise fermerait bien vite ses portes, puisque tous les actionnaires qui détiendraient une partie du capital de la firme, céderaient leurs actions.

En allant plus loin dans la logique, ce même citoyen, pourrait d’une autre manière contribuer à la faillite de l’entreprise : il n’achètera plus de Renault parce que les modèles de voitures coûteront plus chers que ceux de la concurrence. En effet, à cause de son manque de confiance dans la marque automobile, Renault ne pourra plus abaisser ses coûts de production, donc vendre moins cher ses véhicules.

On jalouse, on envie les entrepreneurs ou industriels qui réussissent. Secrètement, on voudrait bien faire comme eux... sans bien entendu prendre les risques inhérents à l’initiative, à la création.

Mais, quand ces entrepreneurs prospèrent parce qu’ils ont investi de l’argent, qu’ils ont cru à leurs projets, on a surtout tendance en France à les jalouser...et à les mépriser parce qu’ils gagnent de l’argent.

Il y a quelques années, il fallait y croire quand le baron Bich a investi dans la planche à voile et donc engager des sommes importantes. Aujourd’hui, peut-on dire que la Smart, petit véhicule fabriqué conjointement par les sociétés Mercedes et Swatch (montres suisses), aura un succès commercial ? A une échelle plus réduite, il en va de même pour les petits entrepreneurs qui prennent des risques en hypothéquant leur fortune personnelle.

Quand des sociétés investissent dans la fabrication d’un nouveau produit, il y a un risque qui est pris. Il est plus ou moins grand selon les ambitions ou les prétentions de l’investisseur.

Idem, quand une entreprise décide d’ouvrir une nouvelle unité de production : il faut qu’elle soit sûre que le produit fabriqué sera vendu.
Toujurs facile d
e dire après le succès commercial d’un produit : « ça devait marcher ». Mais les erreurs dejugements ou d’appréciations arrivent parfois dans un marché de plus en plus mondialisé. Devant les difficultés commerciales del’entreprise dont il a la charge, qu’elle serait l’attitude du P.D.G. face aux actionnaires qui ont engagé une part de leur capital?
A linverse de la fonction publique qui apporte un service à l’ensemble des citoyens, l’Entreprise doit prendre des initiatives pour créer des richesses, faire prospérer notre économie et créer des emplois.

 l’id
On entend souvent prôner les vertus de l’Entreprise citoyenne.Profonde hypocrisie, car les personnes tenant ce discours, sont les mêmes qui placent leur argent au mieux de leurs intérêts et quisont prêtes à faire prospérer ou à faire disparaître les entreprises.

Si sur le plan humain il est donc difficile d'admettre que l’Entreprise se sépare d'une partie de son effectif quand elle dégage des résultats positifs, cette mesure est malheureusement conforme à la logique économique.
L'attitude des conseils d'administration, représentés par tous les épargnants que nous sommes, importants ou non, conditionne l’avenir des entreprises. La contradiction est criante : d’un côté, nous souhaitons obtenir de nos placements un intérêt maximum, de l’autre côté, nous souhaitons tous préserver l’emploi, mais pouvons contribuer par notre attitude, à supprimer ces emplois. Alors l’Entreprise citoyenne...

La logique économique l’emportera toujours. Opposé au collectivisme qui privilégie le partage des biens et des ressources, le système capitaliste a fait ses preuves... malgré ses effets pervers.

Sans capital, pas d’initiatives, de recherches, pas d’innovation, pas de créations de richesses... et d’emplois. Comparez les économies et les niveaux de vie des pays de l’Est avec ceux de l’Occident... vous serez édifiés.

C. HOMBERT
février 1998