LE CAPITALISME

En 1885, dans Germinal, Emile Zola finissait son ouvrage sur la condition des hommes de la mine et des conflits sociaux de l'époque par une phrase relative à l'absorption des petites entreprises par les plus grosses : "c'était le glas des petites entreprises personnelles, la disparition prochaine des patrons, mangés un à un par l'ogre sans cesse affamé du capital, noyés dans le flot montant des grandes compagnies".

Plus de 110 ans plus tard, cet axiome est toujours d'actualité. Certes, la France ne vit plus dans les mêmes conditions sociales et économiques qu'au siècle dernier. La société industrielle développée et l'économie libérale ont généré jusqu'en 1960 du travail pour tous et le niveau de vie général s'est considérablement élevé.Les grandes revendications syndicales ont amélioré les conditions de travail, le droit syndical dans l'entreprise, les cadences de travail, l'aménagement du temps de travail, les cadences...
En outre, la représentativité des salariés dans les organisations paritaires a été considérablement renforcée.

Et pourtant, dans la gestion des entreprises, rien n'a vraiment changé : pour continuer d'exister et de croître, une entreprise doit sans cesse se développer en créant de nouveaux produits, en cherchant de nouveaux marchés ou débouchés et surtout s'agrandir en s'alliant avec d'autres pour être toujours plus fort, afin de faire face à la concurrence, aussi bien à l'intérieur du pays dans lequel elle se trouve, qu'en Europe ou dans le monde.

A ce rythme, il existera dans les années futures une vingtaine de sociétés multinationales dans lesquelles, seuls les meilleures ou les plus chanceux (les protégés) travailleront.

Quel sera alors le visage de notre société ? Des entreprises toujours de plus en plus performantes qui conduiront probablement la France dans le peloton de tête des pays exportateurs, mais aussi le constat d'une régression sociale : plus de chômage, des emplois précaires ou instables dans les entreprises privées.

Des retraités de plus en plus nombreux dont le poids financier ne cessera
d'augmenter pour les caisses de retraites.
Certains économistes affirment que grâce au développement des technologies, dans 10 ou 15 ans, 10 % de la population active suffira pour réaliser la production et satisfaire notre demande interne. Que vont devenir les 90% restant ?
Tout le monde déclare la guerre au chômage, mais nos politiques n'ont pas le courage d'annoncer cette prévision inéluctable : il faudra à l'avenir encore moins de personnes pour produire les biens de consommation qu'il faudra tenter d'exporter faute d'acheteurs en France.Si l'on admet qu'il en va de même pour les autres pays développés et industrialisés...
Outre les retraités, quatre catégories de personnes existeront : les nantis (ceux qui travailleront), les infortunés (ceux qui chercheront à travailler), les assistés (ceux qui profiteront des aides attribués par la Société) et enfin les marginaux, les paumés, ceux qui ont perdu tout espoir et que la société rejette.

Que vont penser du capitalisme ces différentes catégories de personnes ? Pour les nantis, que le système continue sempiternellement. Pour les infortunés, même appréciation tant qu'ils garderont l'espoir d'entrer dans ce système économique et d'en profiter. Pour les assistés, la question ne se pose pas : pourvu que ça dure. Enfin, pour les marginaux, la résignation. A quoi bon lutter puisqu'ils n'en ont plus la force physique et morale ! Inévitablement s’annonce pour eux une lente descente aux enfers en attendant la mort.

Alors le capitaliste est-il contestable ? Non pour ceux qui en tire avantage, oui pour ceux qui n'ont pas la chance d'en tirer profit.

Mettez sur une île déserte 10 personnes nues sans un sous en poche. L'une d'entre elle émergera, sera plus entreprenante, prendra plus d'initiatives. Elle fera du commerce, des affaires… N’est-ce pas là le début d’un système, celui du Capitalisme ? Conséquence : le travail se développera. Pas forcément pour tous...

Alors faut-il baisser les bras ? Faut-il être fataliste ou croire aux vertus du Capitalisme ?

C. HOMBERT
novembre 1997