MOBUTU

Un dictateur vient de mourir. Atteint d'un cancer à la prostate, l'ex-Président du Zaïre, Mobutu, s'était retiré depuis le mois de mai au Maroc, chassé du pouvoir par Kabila, un autre dictateur. Cet homme devenu encombrant maintenant, était renié par les pays qui l'avait soutenu. Forcé à l'exil, personne ne voulait plus l'accepter.

En 1965, Mobutu renversa son ami Lumumba, puis, par la suite, l'exécuta. Il avait réussi à effectuer ce tour de force et prendre le pouvoir, appuyé politiquement par les Français et les Américains qui voyaient en lui un homme capable, sinon d'instaurer la démocratie au Zaïre, de s'opposer au développement du communisme.
Pas facile aujourd'hui de comprendre cette position, mais il faut remettre les choses dans leur contexte. Si le communisme ne rayonne plus - rappelons-nous de la guerre froide -, Moscou à l'époque, essayait de répandre son dogme idéologique dans le monde, notamment, sur le continent africain. La France (et les U.S.A.) considérait Mobutu comme étant l'homme de la situation pour faire échec à l'influence des soviétiques en Afrique. Il est resté à la tête du régime 37 ans et a su repousser le communisme dans son pays.

Il était donc considéré avec déférence par les pays occidentaux qui fermèrent les yeux sur la manière dont il gérait son pays.

Comme Bokassa, Amin Dada et d'autres moins connus, Mobutu s'est emparé du pays par la force. Avec l'aide le l'armée bien sûr, mais aussi en instituant la corruption à tous les niveaux du corps de l'Etat pour asseoir son autorité.

Il contrôlait les richesses et l'économie du pays. C'est ainsi qu'il s'est bâti une colossale fortune que personne aujourd'hui n'est en mesure d'évaluer. Il possédait des luxueuses propriétés ou châteaux dans 7 ou 8 pays à travers le monde. Il était bien entendu, lui ou par personnes interposées, actionnaire majoritaire de toutes les importantes sociétés zaïroises. Prévoyant, il avait des comptes bancaires dans plusieurs pays. Il dépensait sans compter, notamment en organisant des réceptions fastueuses et somptuaires. Pour l'anecdote, un de ces ex-gendres, au cours d'une interview accordée à la presse, affirmait que Mobutu, à l'occasion d'un repas d'anniversaire, avait fait revenir de France par avion spécial, un énorme gâteau fabriqué par Lenôtre
à Paris !

Pire que la corruption, ce président véreux faisait imprimer dans son propre pays des faux billets. Avide de richesses et de pouvoir, contrairement à ce qu'il laissait entendre à l'opinion internationale, il n'a jamais éprouvé le moindre désir d'instaurer la démocratie dans son pays.

Au lieu d'être utilisé pour la construction de routes, d'hôpitaux, d'écoles et autres édifices d'intérêts sociaux, l'argent tiré de la richesse du pays alimentait les comptes personnels de Mobutu.

Aujourd'hui, que va faire le nouveau président qui a lui aussi pris le pouvoir par la force, dans un pays que Mobutu a laissé dans la misère et le désarroi le plus complet ?

En plus de 30 ans de règne, l'ex Président n'a jamais pu rendre le Zaïre prospère, pays pourtant riche de ressources naturelles.

Les prévarications existeront toujours. Fouquet, grand financier de Louis XIV n'avait-il pas lui aussi détourné des caisses de l'Etat des sommes considérables ? Plus proche de nous, des hommes d'affaires qui sont condamnés pour abus de bien sociaux, perpétuent le vice d'une partie de l'espèce humaine qui ne pense qu'à tricher ou à tromper autrui.

L'Histoire retiendra de Mobutu un homme tyrannique, despotique, totalitaire avide de pouvoir et d'argent. Il a été le président d'un pays où les droits de l'homme étaient constamment bafoués et où la liberté était réduite à sa plus simple expression.

Heureusement, il y a une justice pour les hommes : s'ils ne naissent pas égaux en droits, ils meurent tous... riches ou pauvres.


C. HOMBERT

septembre 1997