UNE JUSTICE POUR TOUS ?

La cour de cassation a rendu son verdict : elle a confirmé le jugement en appel selon lequel Michel Noir, Michel Mouillot et Patrick Poivre d'Arvor avaient été condamnés pour abus de bien sociaux dans "l'affaire Botton".

Le dernier cité, présentateur du journal télévisé de TF1 depuis de nombreuses années, reconnu comme étant un journaliste sérieux et professionnel, a été condamné à une légère peine de prison avec sursis. Les largesses octroyées par Pierre Botton (notamment des voyages tout frais payés à l'étranger) étaient donc insignifiantes....
Patrick Poivre d'Arvor s'en tire donc bien, d'autant plus que les responsables de la chaîne télévisée lui ont renouvelé leur confiance. Il faut dire que P.P.D.A, comme on le surnomme, est un homme qui plaît beaucoup, puisque les sondages d'opinion sur les présentateurs le placent largement en tête.

Les premiers cités - maires et hommes politiques - ont eux été condamnés à des peines un peu plus lourdes de prison avec sursis et à 5 ans d'inéligibilité (bien que Michel Mouillot soit en prison pour une autre affaire, de corruption celle-là). Ils abandonnent donc la politique, ce métier qui leur a tant apporté de satisfactions...

Charismatiques, expansifs, démonstratifs, beaux parleurs et hâbleurs de surcroît, Mouillot et Noir se présentaient comme des exemples d'intégrité morale, prêchaient la vertu tout en vilipendant les thèses du Front National...

Vauvenargues ne disait-il pas : "l'art de plaire est l'art de tromper" ?

Ils font partie de cette race d'hommes, assurés, parfois intrépides et forcément mythomanes, qui arrivent à convaincre, influencer, persuader, afin de rallier les gens à leur cause, à leurs croyances ou à leurs convictions.

L'ancien maire de Lyon, Michel Noir n'avait-t-il pas été élu avec plus de 70% de suffrages !

Depuis le temps que le monde est monde, les prévaricateurs ont toujours existé. Il y a quelques années, il y a eu les "affaires" mêlant bon nombre de socialistes. En remontant un peu plus dans le temps, des scandales immobiliers ou financiers ont éclaté également du temps de la Droite.

A l'époque, le rapport de force qui existait entre le pouvoir politique et la justice était à l'avantage du premier. Aujourd'hui, ce rapport de force a profondément évolué. Même si certains juges se servent des médias pour mettre à jour certains dossiers explosifs ayant traits aux abus de biens sociaux, les juges font peur et ils sont de plus en plus redoutés.

Pour mettre en examen, les juges utilisent de plus en plus l'abus de bien social comme chef d'inculpation, plutôt que le délit de corruption, plus difficile à prouver. Le code civil fait certes une différence entre ces chefs d'inculpations, mais la nature du délit est pratiquement similaire. Les juges ont donc les coudées franches pour mettre en examen des hommes politiques, des chefs de grandes entreprises ou des personnalités publiques.

Alors, les juges représentent-ils le nouveau pouvoir ? Voilà ce que pensent en tout cas certaines élites intellectuelles et politiques qui craignent que l'évolution de ce rapport de force entre la justice et l'Etat soit préjudiciable à ce dernier.

C'est vrai, certains juges épris d'équité morale, forts de leur position et relayés par les médias, veulent mettre à jour toutes les affaires touchant aux personnalités du monde politique ou des financiers, car jadis, les scandales étaient étouffés. Certains pensent que ces nouveaux juges pourraient être tentés d'élargir leurs prérogatives et porter atteinte aux institutions, voire ébranler le pouvoir en place.

Je fais confiance à nos politiques qui dans certaines circonstances sauront faire taire les juges, en invoquant la raison d'Etat. Dans le cas contraire, ils trouveront bien une faille dans l'arsenal juridique pour écarter ces juges trop curieux. A défaut, le Parlement fera voter de nouvelles dispositions législatives, pour que le grand corps de l'Etat reste souverain et que les membres qui le composent ne soient pas inquiétés.

Quant aux hommes d'affaires magouilleurs, ils devront être un peu plus méfiants...

C. HOMBERT
Janvier 1997