TONTON S'EST ETEINT

On le surnommait Tonton. Une émission satirique l'appelait même Dieu. Pour beaucoup de français, François Mitterrand incarna en 1981 l'espoir, le changement, et l’application d’une autre politique que celle pratiquée par la Droite depuis vingt ans.

Renonçant à lutter contre son mal implacable, il s'est éteint le 8 janvier 1996, 8 mois après son départ de l'Elysée.
Intelligent, François Mitterrand possédait une mémoire extraordinaire, mais il était un personnage ambigu, complexe et contradictoire.

Ambigu : il a su convaincre le parti communiste pour créer avec son propre parti en 1972, l'union de la Gauche. Cette union qui équilibrait le rapport de force entre la Droite et la Gauche a ainsi facilité son accession au pouvoir suprême, pouvoir qu'il briguait depuis tant d'années ! L'état de grâce passé, François Mitterrand a bien vite remercié les communistes. Certains pensent que cette attitude n'est pas ambiguë, mais plutôt félonne. L'histoire le dira.

Complexe : on se souviendra de cette inexplicable affaire du Raimbow Warrior qui eu pour conséquence le remerciement d'un de ses meilleurs amis, Charles Hernu, ministre des Armées.

L'opinion publique se souviendra également du soutien incompréhensible qu'il apporta au financier véreux Bernard Tapie, nommé ministre (3 semaines seulement), des relations étranges qu'il entretint avec son ami, le financier Patrice Pelat (délit d'initié dans l'affaire Américan Can), et enfin des nombreuses malversations qui ont éclaté au grand jour et que l'on a appelé les "Affaires". Complexe aussi l'histoire des Irlandais de Vincennes, considérés pour la circonstance comme terroristes, afin de calmer les esprits très échauffés suite aux attentats perpétrés sur le sol français. Autre scandale en remontant dans le temps : l'affaire de l'Observatoire où il organisa son propre attentat !

Enfin contradictoire : François Mitterrand qui a tant vilipendé l'argent, a approuvé et cautionné l'économie de marché, le libre échange, bref, le capitalisme. Il s'est bien vite rendu compte que les largesses inconsidérées qu'il avait octroyées durant les deux premières années de son septennat étaient un piège dangereux et qu'il fallait stopper ces réformes démagogiques, faute de moyens pour les financer (cinquième semaine, 39 heures...)

François Mitterrand qui a été 11 fois ministres, aura marqué la politique française durant 50 ans. Pourfendeur de la Constitution initié par Charles de Gaulle, il a su par la suite, une fois au pouvoir, en tirer profit.

On retiendra aussi de ses deux septennats, sa volonté de réaliser et de mettre en chantier de grands travaux : l'Opéra Bastille, la Pyramide du Louvre, la Grande bibliothèque de France, le Musée d'Orsay, Eurotunnel, l'Arche de la Défense. Dans le domaine de l'audiovisuel, il a libéré les ondes en autorisant les radios libres à émettre. Du fait des rapports très amicaux qu'il entretenait avec Helmut Kohl, M. Mitterrand a facilité le rapprochement franco-allemand.

Au chapitre des actions négatives, on se souviendra des nationalisations, de l'abolition de la peine de mort, sans peine de remplacement. Mais ce que les Français ne lui pardonneront jamais, c'était sa promesse de faire reculer le chômage. Non seulement il n'a pas régressé, mais il a pratiquement doublé au cours de ses deux mandats. En mai 1981, il y avait 1800000 chômeurs, en mai 1995, 3200000.

Le message socialiste s'est évaporé.

Christian HOMBERT
F
évrier 1996