LA FIBRE PATRIOTIQUE

Un repos forcé et prolongé m'a permis de suivre à la télévision les championnats du monde d'athlétisme qui se sont déroulés
à Göteborg en Suède.

A la fin de pratiquement toutes les épreuves de vitesse, le vainqueur brandissait avec enthousiasme et allégresse le drapeau de la
nationalité qu'il représentait, rendant ainsi hommage à ses concitoyens qui l'avait soutenu moralement dans sa course, à sa fédération sportive qui lui a avait permis d'accéder au niveau le plus haut de la compétition et enfin à son pays, quant il monta sur le podium pour recevoir les honneurs.

Je garde encore en mémoire l'exaltation de l'Algérienne Boulmerka après sa victoire au 1500 mètres, montrant ostensiblement le drapeau de son pays et dédiant sa victoire à toutes les femmes y vivant.
La joie de son alter ego Moreli, vainqueur également sur la même distance, agitant son drapeau national. Ces attitudes faisaient plaisir à voir.

Les autres vainqueurs, la Portugaise Ribiero, la Jamaïquaine Ottey et pratiquement tous les Américains parcouraient la piste du stade, le drapeau de leur nation à la main.

Ces manifestations démonstratives tendent à prouver que le patriotisme existe encore.

Notre unique médaille d'or, obtenue par Marie José Perec, me satisfait, mais je déplore le manque d'enthousiasme et de conviction de notre  championne à bine mettre en avant notre pavillon national.

En France, le patriotisme n'est pas de mise. On le constate tout au long de l'année lors de manifestations sportives notamment.

Le seul moment de fibre patriotique, se traduit par l'écoute de la Marseillaise que l'on joue notamment, lors de rencontres sportives internationales.

Trois raisons sont la cause du manque de patriotisme des français : l'égoïsme, l'individualisme et le désintérêt.

Il y a chez l'être humain, mais peut-être un peu plus chez le Français, une tendance égoïste développée qui ne privilégie pas l'altruisme.
C'est le fonctionnement de notre société qui engendre cet état de fait. Il faut se battre tout au long de l'existence. Se battre pour avoir de bons résultats scolaires, se battre pour trouver du travail, se battre pour le conserver, se battre pour défendre son idéologie, ses opinions politiques, se battre pour protéger sa famille, ses enfants.

Dans ces combats perpétuels, il faut sortir vainqueur. Alors, comment ne pas être égoïste si on ne veut pas être dépassé, voire
piétiné par ses semblables ?

L'individualisme est également l'apanage des français. "Moi d'abord, les autres après". Combien de fois avons nous entendu cette phrase ?

Constatez le comportement de certains automobilistes, qui au volant, deviennent de véritables dangers publics et qui se foutent pas mal si leurs excès de vitesse ou l'état d'ébriété dans lequel ils se trouvent, puissent provoquer un accident grave ou mortel. Accidents dont ils ne mesurent pas la portée.

Que dire également du sans gêne de ces personnes qui veulent par exemple toujours passer avant leur tour dans une file d'attente ?

Je pourrais aussi parler longuement des inégalités sociales (retraites, protection sociale, salaires, égalité des chances...), mais à quoi bon !  Il est difficle de fire bouger les choses.
Le fossé se creusera de plus en plus entre les nantis et les autres...
Nous sommes plus préoccupés - c'est peut-être normal - à vouloir élever notre niveau de vie, à s'intéresser à nos problèmes quotidiens, à ceux de notre famille et de nos proches. Les autres... on en a cure.

Les conditions sociales s'élèvent d'année en année. On ne pense qu'à profiter des bienfaits de la société de consommation plutôt qu’à porter intérêt à son pays.

Voilà les causes qui sont à l'origine du manque de patriotisme des français.

C. HOMBERT
Août 1995