LE CHOMAGE

En mars 94, s'est terminé à Detroit le sommet du G7 (les sept pays les plus industrialisés au monde). L’ordre du jour de cette
manifestation était le chômage. Comment combattre le chômage dans le monde ?

Les ministres du Travail et des Finances des pays concernés ont confronté leurs stratégies anti-chômage, mais n'ont pu trouver
une ébauche de remède pour contenir, voire résorber ce mal devenu inquiétant dans tous les pays industrialisés.

Les représentants des 7 pays ont été unanimes sur trois points :

- éviter le retour au protectionnisme ;

- ne pas freiner le progrès technologique ;

- ne pas rendre systématique et obligatoire la réduction de la durée du travail.

Ce n'est pas à partir de ces postulats que tous les régimes politiques, qu'ils soient de droite de gauche, du centre, libéraux, radicaux, démocrates et autres, pourront prendre des mesures pour le retour au plein emploi. Et ce n'est pas en comparant la situation actuelle  à celle des mois antérieurs qui est paraît-il meilleure, qui me contredira, même si tous les indicateurs économiques laissent penser que cette situation va s'améliorer. Le chômage continuera sa lente progression.

On ne veut plus entendre parler de protectionnisme. Soit. Mais alors, comment lutter à armes égales avec les pays qui utilisent pour produire des biens de consommation des prisonniers, des enfants ou du personnel exploité et sous payé.

Certes la France a proposé une clause sociale pour lutter contre le dumping social et l'exploitation des travailleurs, mais en attendant, les produits asiatiques manufacturés inondent l'Europe, car leur prix de revient est forcément inférieur à ceux des entreprises françaises ou européennes. Dans ces pays à main d'œuvre bon marché, les patrons n'ont pratiquement pas de charges sociales à payer.
En Corée ou aux Philippines, la retraite n'existe pas. Au Japon ou à Taiwan, on ne connaît pas la caisse d'allocations familiales.
En Thaïlande ou en Chine, le régime d'assurance maladie est inexistant.

Je suis donc partisan d'une forme de protectionnisme qui consisterait à élever des barrières douanières pour les produits importés de ces pays qui n'ont pas les mêmes règles sociales que les nôtres.

Cette mesure aurait en plus le mérite d'inciter les industriels à investir dans des usines d'Europe, car les droits douaniers permettraient  de compenser la différence des coûts sociaux et salariaux et donc à rendre les entreprises plus concurrentielles.

Pour diminuer le chômage, d'autres pistes doivent être explorées. Il y a le partage du travail dont tous nos politiques parlent, mais sans vraiment faire de propositions concrètes, car ils remettent en cause inévitablement les acquis sociaux. Il faudra donc amener les Français à l'idée du partage avec les conséquences qu'une telle orientation aura sur les salaires. Il faudra de la persévérance et du temps pour changer les mentalités.

Une autre piste : arrêter la course à la productivité dans le secteur public non soumis à la concurrence, afin de ne plus supprimer d'emplois.
Mais là, on nous dira que la France doit satisfaire aux critères de Maastricht pour adhérer à la monnaie unique...

Les allégements de charges, n'ont pas apporté les effets escomptés de créations d'emplois. Ils ont juste freiné les licenciements.

Faut-il encore aller plus loin dans ces allégements ? La flexibilité des horaires est une bonne chose, mais je doute qu'elle ne soit
créatrice d'emplois.

Je crains que toutes ces pistes ne soient malheureusement pas suffisantes pour assurer le retour au plein emploi.

C. HOMBERT
Juin 1994