SDF (sans domicile fixe)

En cette fin de novembre 1993, le froid s'est installé en France prématurément. Ce phénomène hivernal n'a rien en soi d'extraordinaire  mise à part sa précocité. Par contre, nous devons nous préoccuper des "sans domicile fixe" qui souffrent de la chute brutale des températures.

En l'espace d'une semaine, huit personnes ont été retrouvées mortes de froid.
Ce triste bilan se renouvelle à chaque fois que les rigueurs du temps nous rappellent qu'il existe en France des exclus, des marginaux, des paumés vivant en dehors de la société qui dorment dans les rues, sous les porches, sur les bouches de métro, dans les caves ou autres endroits publics.

Quand les températures descendent en dessous de zéro, l'infortune de cette population de rejetés passe au premier plan, mais quand les conditions  climatiques sont normales ou supportables, leur errance misérable passe dans l'indifférence la plus totale.

Pour parer au plus pressé et pour se donner bonne conscience, on ouvre des stations de métro désaffectées, on organise le ramassage des clochards
pour les mettre provisoirement à l'abri au chaud, on appelle à la générosité des citoyens, on lance des opérations "sacs de couchage", même l'abbé
Pierre monte au créneau pour vilipender nos hommes politiques qui restent inactifs pour mettre en place des centres d'accueil et ne considèrent pas comme prioritaire cette action humanitaire et sociale.

Notre société est ainsi faite : devant les innombrables problèmes qui se présentent aussi bien en France, en Europe ou dans le monde, les dirigeants ne s'intéressent aux SDF que parce qu'ils y sont poussés et contraints par les médias qui véhiculent avec forte intensité l'information.
Notre société n'a pas le droit au nom de la morale et de l'éthique, de laisser mourir ces hommes et ces femmes qui ne demandent rien à personne.

Il y a paraît-il 300000, peut-être 400000 sans domicile fixe en France. La vérité est cruelle à dire, mais notre pays a toujours compté des exclus, et le phénomène s'amplifiera.

Il y aura toujours des marginaux qui se tiennent volontairement en retrait de la société pour des raisons qui leur sont propres, (déboires familiaux, refus d'adhérer aux principes de la société, à l'ordre social, perte d'emploi...). En outre, la pauvreté sous-jacente, la détresse morale et l'angoisse  des rejetés de notre société évoluée, viennent augmenter les chiffres des statistiques.

Il va être difficile à l'Etat, aux collectivités locales, aux communes, aux associations caritatives d'inverser la tendance, car si les conditions d'existence difficiles de ces SDF trouvent leurs origines dans les raisons décrites plus haut, un autre facteur est déterminant : le renforcement de l'égoïsme et de l'individualisme français.
Tout le monde se dit solidaire, mais l'attitude inconséquente des citoyens français est flagrante.

Quand on n'arrive pas à régler un problème de société, on estime que la responsabilité de celui-ci incombe à l'état. Comme la mort des 10000 automobilistes par an qui place notre pays au premier rang du palmarès des accidents routiers.

Mis à part quelques actions humanitaires médiatiques, dont la portée sera toujours éphémère, la situation endémique des SDF ne se réglera jamais.

Huit SDF viennent de mourir de froid, 10000 personnes tuées sur les routes en 93 ! Le petit nombre touche notre sensibilité, et fait réagir les consciences, mais on n'a cure des 10000 personnes qui perdent la vie tous les ans.

Pour conclure ma réflexion je propose pour pallier au défaut de logement de ses sans abri, que les communes concernées ouvrent exceptionnellement leur salle de sports chauffée, équipée de toilettes et de douches pour la plupart.

Mais au fait, que vont penser les sportifs qui pratiquent leur discipline dans un confort que revendiqueraient bien tous ces sans domicile fixe ?

Vous avez dit solidaire ?

C. HOMBERT
Novembre 1993