LA VAGUE BLEUE

La vague rose de 81 a été recouverte par une vague bleue. LU.P.F., regroupant le R.P.R. et l'U.D.F. vient de supplanter l'alliance
du parti communiste avec le parti socialiste.

Avec plus 480 sièges à l'Assemblée Nationale, la droite détient la majorité absolue et il faut remonter loin dans le temps pour trouver une telle supériorité en nombre de sièges.

L'usure du pouvoir, les "affaires"
*, les promesses non tenues, l'augmentation démesurée du chômage, l'attentisme et le laxisme, l'incapacité à trouver des solutions curatives pour contenir ou équilibrer les comptes des différents régimes sociaux, ont mis un terme au rêve socialiste.

Pour mémoire, rappelons que le rapport Raynaud fait état d'un déficit de la caisse d'assurance chômage de 11 milliards en 93 et 10 en 94, d'un déficit du budget de l'Etat estimé entre 320 et 360 milliards et une croissance allant de zéro à 1%. Si l'on compte également le "trou" de la sécurité  sociale qui est de l'ordre de 56 à 62 milliards en 93 et 90 milliards en 94...

Les valeurs de la Gauche ont volé en éclats et les hommes qui la représentaient ont perdu la confiance que leur avaient accordée les Français.

En 81, ils voulaient le changement ; ils l'ont eu. Après 12 ans de pouvoir, les Français se sont aperçus des limites d'une politique de Gauche et de l'incapacité de ses représentants à gérer les affaires du pays.

Il faut rechercher l'origine du déclin des forces de Gauche en France. C’est leurs contradictions : les socialistes ont toujours prôné la justice sociale, une société moins inique, plus humaine... Leurs actes n'ont jamais été en phase avec leurs paroles.

L'union de la Gauche, c'est du passé. Le socialisme sans vraiment le dire, reconnaît le libéralisme, fondement même du fonctionnement d’une économie de marché, de la libre entreprise. Principe défendu depuis longtemps par le Droite...

Que les communistes conservateurs croient encore à l'économie d'Etat pour une meilleure répartition du travail et plus de justice sociale, c'est leur droit, mais l'on se rend compte avec une telle philosophie, que le mariage entre le parti communiste et le parti socialiste a été un mariage contre nature, un mariage de dupes.

Les forces libérales et démocratiques vont devoir maintenant travailler pour relancer la machine économique du pays, stopper la croissance du chômage, principale préoccupation des Français.

Nous sommes en phase de récession et il est grand temps de revitaliser notre pays, combler ses déficits sociaux (caisse de retraite, sécurité sociale, UNEDIC...) en préservant les acquits sociaux.

Mais une chose est très importante à mes yeux : il faut que ce nouveau gouvernement adopte une attitude ferme relative aux relations commerciales que nous avons avec les pays dont les coûts salariaux ne sont pas comparables avec ceux des européens.
A l'instar des pays américains ou asiatiques, le protectionnisme doit être privilégié avec les pays qui n'ont pas ou peu de relations commerciales pas avec le nôtre.
Il faut protéger nos grands secteurs d'activités industrielles (sidérurgie, automobile, métallurgie...) qui à défaut de générer des emplois, en maintiennent. S’il en était autrement, les transferts de production seront préjudiciables pour le pays et il ne nous restera que les industries secondaires ou de pointe, qui demandent peu de main d'œuvre, mais une main d'œuvre hautement qualifiée.
Bien sûr, subsisteront les grandes administrations d'Etat comme l'E.D.F., la S.N.C.F., la Poste, bien que ces dernières risquent de subir de profondes réformes et changer de statuts.

Nous conserverons des emplois dans le tertiaire (assurances, banques...), mais que restera-t-il des emplois productifs ? Que vont devenir tous ces étudiants, qui une fois achevé leur cursus scolaire, vont entrer dans la vie professionnelle armés de solides connaissances ?

Le nouveau gouvernement sera jugé sur ses capacités à redonner aux français la confiance qu'ils n'ont plus aujourd'hui, surtout envers le monde politique.

La morosité ambiante, le scepticisme et le pessimisme qui s'installent, ne font pas oublier les incapacités des socialistes. Les Français appréhendent l'avenir.

* Fausses factures d'une manière générale (Y. Pezet, député des Bouches du Rhône par exemple), compromissions avec des sociétés bienveillantes (URBA, SORMAE, COGEDIM...), malversations au Conseil Régional de Nancy, faillite de la mairie d'Angoulême, détournements de fonds dans l'association du Carrefour du Développement, importation de matériel de laboratoire contre commission occulte, affaire du sang contaminé, prêt sans intérêt accordé à Pierre Bérégovoy (Premier ministre), délits d'initiés (Péchiney), vote par l'Assemblée d'une amnistie de tous les hommes politique compromis dans ces affaires indélicates…

C. HOMBERT
Mai 1993