SUICIDE D'UN HOMME

Pierre Bérégovoy, ancien Premier ministre, s'est suicidé à l'âge de 67 ans, le long du canal passant à Nevers, commune
dont il était le premier magistrat depuis 10 ans.

Cet homme, foncièrement honnête n'a pu supporter les sarcasmes, les allusions perfides et incessantes des médias, mettant
en cause son intégrité et son honorabilité.

Il a préféré mourir parmi les siens dans la région où il s'était installé et dans laquelle l'hypocrisie parisienne y était exempte
disait-il.

Ainsi, Pierre Bérégovoy n'a donc pu supporter les lazzis, les insinuations, les injures et les calomnies jetés à son endroit.
Son nom avait été prononcé dans l'affaire Péchiney (délit d'initiés), ainsi que son directeur de cabinet de l'époque, Alain Boublil,
qui lui a été inculpé.

Le prêt qu'il avait contracté auprès d'un financier, Roger Patrice Pelat, proche de François Mitterrand, avait fait beaucoup jaser
car les modalités de remboursement du prêt étaient pour le moins originales : sans intérêt pour la moitié de la somme et donation
d'œuvres d'art et des livres anciens pour l'autre moitié ! Pour un Premier Ministre, cet accord financier laissait planer un doute sur
sa probité et n'était pas de nature à le considérer comme étant un homme droit. En outre, toutes les affaires, les compromissions
de certains maires, députés pour la plupart socialistes et de certains membres de son gouvernement, affaiblissaient sa popularité.

Pierre Bérégovoy n’appréciait pas la campagne de dénigrement dont il était l'objet. Il était taraudé par la profonde déroute du parti
socialiste aux dernières élections législatives. Il se sentit responsable de cette débâcle qu'il trouvait incompréhensible et injuste.

Cofondateur du parti socialiste en 1958, cet autodidacte eu le mérite de se hisser au sommet de la hiérarchie sociale et politique
grâce à son courage, à son opiniâtreté et à son pragmatisme.

Il n'était pas toujours apprécié par ses pairs, sortis des grandes écoles qui forment nos dirigeants, mais on retiendra de sa politique, la rigueur. Rigueur nécessaire selon lui pour contribuer à la croissance économique.

On retiendra également son action pour préserver un franc fort.

Alors, comment un homme de cette envergure peut-il arriver à accomplir ce geste fatal ?

Alors, à qui la faute ? Les journalistes, les juges, les émissions ou les revues satiriques Les premiers nommés s'en défendent,
même si certains de leurs confrères de la presse à scandale notamment, se nourrissent de faits supposés ou parfois réels en les
exploitant et en se livrant à des campagnes de dénigrement. Le moindre faux pas des hommes publics est passé au crible…
La presse écrite doit pouvoir s’exprimer dans un pays démocratique. Les journalistes font leur travail en professionnels.

Pour les juges, certains ne respectent pas toujours le secret de l'instruction. C'est un peu la revanche des "judiciaires" sur
les "politiques", car dans un passé récent, les pouvoirs en place exerçaient parfois des pressions sur les juges quand leurs
investigations allaient un peu trop loin. Il n'y a qu'un pas à franchir pour mettre en cause l'autorité judiciaire...

Les producteurs d'émissions satiriques quant à eux, type Guignols de l'info, Bebette Show, ont certes un impact important sur l’opinion, mais delà à les accuser d’être à l’origine du suicide du Premier ministre… Tous les hommes politiques sont caricaturés, souvent raillés, brocardés et ridiculisés. Quand on est un homme public il faut avoir une attitude irréprochable.

La loyauté et l'intégrité doivent être des vertus indispensables pour un dirigeant.

Il avait ces vertus. On ne saura jamais pourquoi Pierre Bérégovoy s’est suicidé.


C. HOMBERT
Mai 1993