UN PEU D’HUMANITE

Nous avons été invités récemment (mon épouse et moi), par l’association des « amis de Ma Maison » *, à un repas festif, organisé  comme chaque année, à l’intention des membres bénévoles, dont nous sommes, et bien entendu des résidents.

En effet, nous animons depuis 6 ans, un atelier informatique destiné aux personnes qui souhaitent s’initier à l’utilisation d’un ordinateur, et maîtriser les nouvelles technologies de communication qui permettent de dialoguer.
Pas facile quand on a plus de 80 ans, de rompre avec ses habitudes, notamment de comprendre le mécanisme d’envoi et de réception des e-mails, qui remplacent peu à peu les bonnes vieilles lettres envoyées ou reçues par la Poste.
Mais il y a des personnes ouvertes, curieuses et désireuses de s’intéresser à autre chose, pour éviter l’isolement et la solitude.
Nous ne blâmons pas cet enfermement, car valides, et possédant encore toutes nos facultés intellectuelles, nous ne pouvons pas
comprendre cet état de repli sur soi. La souffrance peut-être…

Au cours du repas, outre l'agréable ambiance qui régnait, nous avons compris une chose : si la vie vaut d'être vécue, la maladie,
le handicap, les défaillances physiques ou intellectuelles,
sont une réalité dont nous ne sommes pas à l’abri

Pour les illustrer,
voici trois attitudes nous ont frappés.

Nous observions la fille d’une pensionnaire qui avait tenu à être présente pour faire participer sa maman aux festivités.
Pratiquement immobilisée dans un fauteuil roulant,
sa fille lui donnait à manger, et quand elle était agitée par des soubresauts,
elle lui tenait la main pour la rassurer, les paroles étant inutiles…

Le va et vient incessant de
s fauteuils roulants, poussés par le personnel, n’arrêtait pas. Fatigues nécessitant le repos, conduite
vers les
lieux d’aisance ou soins de propreté pour d’autres….

N
ous avons retenu une autre image : l’arrivée du mari d’une dame (qui faisait partie de l’atelier informatique il n’y a pas encore si longtemps), nous a un peu décontenancés.

Calé dans son fauteuil roulant, une assistante était venue le placer à côté de son épouse. Il était comme hébété, la bouche restant constamment ouverte. Elle lui parlait avec affection, mais seulement entendait-il ce qu’elle lui disait ? Elle le rassurait en lui tenant également la main. Malgré ses preuves d’attention, sa bouche restait désespérément ouverte…. La dégradation physique est quelque chose de terrible pour l’entourage... Ce monsieur a pourtant eu un vécu : il avait été chef d’entreprise…
Enfin, t
roisième illustration. Nous avons été étonnés de voir le ballet des infirmières qui allaient de table en table distribuer à certains résidents des petits sachets de plastiques... contenant des médicaments. Eh oui ! Certaines personnes âgées ne pensent plus à prendre leurs médicaments et encore moins de savoir lesquels avaler...

Dans cette maison de retraite, l
es repas festifs et conviviaux sont souvent organisés. Ils ont pour but de rompre la solitude et l’isolement.

Tout au long de celui-ci, nous avons pu apprécier le dévouement de l’ensemble du personnel, toujours attentionné et « aux petits soins » pour les personnes les plus handicapées.

Rendre les gens heureux, venir en aide aux plus démunis, et tenter de leur apporter un peu de réconfort et de bonheur pour les dernières années qui leur restent à vivre, tel était le désir de Jeanne Jugan, fondatrice de la communauté des Petites Sœurs des Pauvres, qui gère cette maison de retraite. Autre postulat : respecter la dignité des personnes et leurs droits humains.

Au delà de nos croyances religieuses ou non, l’action caritative de cette communauté se perpétue.
A l’heure ou la création de maisons de retraite privées se généralise, il n’est pas sûr que cet engagement soit observé, la rentabilité financière de ces établissements étant la priorité...

Voilà pourquoi nous apportons notre modeste contribution à cette Communauté.

Si nous animons « l’atelier informatique », nous contribuons aussi à créer ou à renforcer le lien social.
C
omment vieillirons nous demain ? Serons-nous handicapés physique ? Garderons nous toutes nos fonctions cognitives ?
Comme dit la chanson : « 
J’y pense et puis j’oublie »….

* nom donné aux maisons de retraite créés par Jeanne Jugan, fondatrice de la communauté des Petites sœurs des Pauvres en 1849.

C. HOMBERT
Juillet 2016