L’ACIER, UNE RESSOURCE ETERNELLE…

Mon exaltation pour la ferraille remonte à l'âge de mon adolescence. Ferraille pour beaucoup signifie déchets, objet métallique
sans importance, en général rouillé et abandonné.
J'allais passer régulièrement mes vacances à la campagne chez mes grands parents paternels.
Ils m’ont inculqué les valeurs du travail, notamment en m'incitant, pour gagner un peu d'argent de poche, à ramasser de la ferraille dans les champs.  Eh oui ! De la ferraille dans les champs. Surprenant non ?
Les plaines du Cambrésis regorgeaient de têtes ou de corps d’obus, de bombes déchiquetées, de petites billes bleues éjectées des explosifs, d’objets difformes et autres résidus provenant des bombardements de l’aviation allemande lors de la dernière guerre mondiale.
J'ai suivi leurs conseils. J'arpentais lors de mes séjours de vacances à la campagne, les terres Cambrésiennes. Je dois dire que j'éprouvais un certain plaisir à ramasser ces résidus, pour la simple raison, qu'en retour, j'obtenais une petite compensation financière en stockant dans la cour de la ferme tous ces morceaux hétéroclites. Petit à petit le tas grossissait. J’ai supposé par la suite, qu’eux même, travaillant la terre, venaient l’alimenter...
Ils m'ont toujours restitué l’argent de la vente. J'ai compris la valeur du travail grâce à cette récupération.
Exaltation prémonitoire, puisque quelques années plus tard, la ferraille occupa mon univers professionnel. Voilà comment je suis passé d'un environnement agraire qui me fit découvrir des extirpateurs, des moissonneuses-lieuses, des rouleaux et autres engins mécaniques, tous construits en acier, à l'environnement industriel... à l’origine de la construction de ces matériels agricoles.
La ferraille est pleine de richesse et de vertus… mais aussi de convoitises au même titre que d’autres matières premières ou alimentaires.
Contrairement à d'autres matériaux, l'acier est recyclable à l'infini. L'acier à plusieurs vies, même si au départ, les atomes de fer sont extraits du minerai, matière naturelle.
En schématisant, le premier acier naît à partir de coke et de minerai chargés dans un haut fourneau. La fusion de ces matières premières produit de la fonte. Celle-ci est transformée ensuite en acier à l'aide d'un "convertisseur". C'est ce qu'on appelle le premier cycle de l'acier.
Ainsi, un objet créé par ce cycle, deviendra en fin de vie, une matière première pour les aciéries, qui produiront un nouvel acier. Le cycle de production sera cette fois différent, car le minerai ne sera plus nécessaire à son élaboration. Cet objet, à son tour deviendra  déchet et sera de nouveau recyclé et fondu. A chaque cycle, il renaîtra en quelque sorte de ses cendres pour entamer une nouvelle vie. Ce nouvel acier sera utilisé probablement sous une autre forme.
Ainsi, on pourrait très bien imaginer la première vie d'un acier sous forme d'une automobile. Une fois hors d’usage, elle sera mise à la casse pour y être broyée.  Les morceaux issus du broyage seront ensuite dirigés vers une aciérie. Une fois fondu, le nouvel acier servira à peut-être à fabriquer une roue de wagon…
Va démarrer pour lui une nouvelle vie. Une fois usée, cette roue sera découpée et livrée à une nouvelle aciérie électrique, qui produira un autre acier destiné à fabriquer des cannettes de boisson…
Dans l’absurde, il n'est pas interdit de penser qu’un tablier de pont levis ait pu servir à construire le pavillon Baltard ou la tour Eiffel... Les structures de la légendaire salle de  music hall l’Olympia sont parties en 1997 aux aciéries de Vallourec à Saint-Saulve près de Valenciennes, aciéries spécialisées dans la production de tubes en acier pour l’industrie pétrolière…
La durée de vie de l'acier varie forcément selon son utilisation. Des dizaines d'années pour de grands ouvrages d'art... ou quelques mois pour une boîte d'Orangina.
Le recyclage de l'acier contribue en outre au développement durable et préserve notre environnement.
Sous l'impulsion et la pression des Ecologistes dans les années 80, les gouvernements qui se sont succédé, ont mis en place une politique de récupération et de valorisation des déchets urbains, pour que notre France ne devienne pas une gigantesque poubelle.
L’acier fait partie de cette valorisation. Voilà le cycle vertueux d’un produit appelé ferraille dont les prix sont spéculatifs... 
L’opération de transformation, justifie pleinement le fait que la ferraille soit une matière première et non un déchet comme le précise la Commission
Européenne. En effet, un déchet par nature, est inutilisable. Sa caducité le rend inexistant. Or la ferraille se transforme pour retrouver une nouvelle vie.
Elle est le matériau le plus recyclé dans le monde. Son recyclage contribue en plus à économiser nos ressources naturelles.

C. HOMBERT
Mars 2013