LA FIN DE VIE, JE LA VOIS COMME LA MER POUR LA PREMIERE FOIS....

Cette métaphore est extraite d'une récente interview accordée à France Bleu Nord par Pierre Mauroy,
ancien Premier Ministre de François Mitterrand de 81 à 84.
Ce militant socialiste, resté fidèle à son engagement de Gauche, vient de s'éteindre à l'âge de 84 après
bien des souffrances, pour ce qui est coutume d'appeler une longue maladie...
Au cours de cet entretien émouvant, il avait évoqué sa mort prochaine, cette mort qu'il attend avec sérénité,
cette mort qui s'impose à nous disait-il, cette mort qu'il considère comme majestueuse, solennelle...
Pierre Mauroy, ce grand serviteur de l'état qui a connu l'enfer de Matignon, a été confronté à sa vision du
socialisme et aux réalités de la gouvernance d'une nation.
Quand la Gauche est arrivée au pouvoir, elle a tenu ses grands engagements de campagne électorale :
nationalisations de certaines grandes entreprises, semaine de 35 heures, cinquième semaine de congés payés,
retraite à 60 ans, abolition de la peine de mort… ces lois qui soulèvent aujourd'hui tant de controverses passionnées...
Pour la Gauche et beaucoup de français, Pierre Mauroy incarnait le changement et l'espoir, après plus de 20 ans de
majorité de Droite.
Mais une fois au pouvoir, après l'euphorie des premiers mois, les premières réformes économiques et sociales,
les réalités lui ont fait comprendre qu'il était temps de mettre un terme à la concrétisation des autres engagements
écrits dans le programme commun de la Gauche. Il fallait prendre le virage de la rigueur.
Lui qui voulait changer la vie des français, a bien été obligé de freiner cette politique sociale généreuse…
Les grandes réformes coûtent chères. Aujourd'hui, la loi sur les 35 heures reste encore un poids lourd pour
l’économie française. Aucun pays au monde ne possède une telle législation en la matière !
Beaucoup considèrent que cette loi sur les 35 heures est une hérésie....
Personnellement, je me souviens de son lyrisme et de sa voix de stentor, lors d'une manifestation des salariés
de l’usine sidérurgique de Denain contre sa fermeture. Il promettait, une fois arrivé pouvoir, qu'il annulerait la décision
de fermeture de cette usine qui représentait plus de 7000 emplois ! Electoralement, il y avait des voix à prendre…
Mais une fois arrivée au pouvoir, la Gauche a "entériné" la décision de fermeture par les actionnaires d'Usinor,
dont pourtant l’Etat avait une participation...
Pragmatique donc, il fut l'un des premiers socialistes à se rendre compte qu'il fallait composer et mettre un terme à
ces réformes idéologiques dans un monde en pleine mutation économique...
Un autre facteur était venu renforcer le revirement : la fuite des capitaux vers l'étranger quand la Gauche est arrivée
au pouvoir. Il fallait redonner confiance au patronat.
Alors il bloqua les prix et les salaires, dévalua le franc à plusieurs reprises et augmenta les impôts pour essayer de
rééquilibrer les comptes de la nation. Il assuma donc le changement, puis la rigueur durant les 3 années suivantes.
Pierre Mauroy, ce ch'ti d'origine, est resté fidèle à sa Région natale. Il a été maire de Lille pendant une très longue
période, de 1973 à 2001. Au cours de ses mandats, il a considérablement contribué à la transformation de sa ville,
son rayonnement, mais aussi à sa métropole (rénovation du Vieux Lille, Euralille, TGV Nord...)
Pour conclure l'entretien avec France Bleu Nord, il répondit la phrase suivante au journaliste qui lui demandait
quel avait été le plus beau souvenir au cours de sa vie politique : "je pense aux jours heureux, notamment au 10 mai 1981
où les gens ont pleuré..."
Réponse pleine de sensibilité pour cet humaniste intègre, qui consacra toute sa vie au socialisme et au bien être des autres...

C. HOMBERT - juin 2013