AH CES BELLES ANNÉES !

Dans les années 60, j’ai passé une partie de mon adolescence en pension. Plus précisément dans un centre d’apprentissage
professionnel et de rééducation fonctionnelle, situé au château des Mesnuls dans les Yvelines. En effet, compte tenu de mon
handicap physique (polio), ma mère, mon père étant décédé, avait choisi, de me placer dans cette institution. J’avais treize ans
à l’époque. Eh bien, je n’ai jamais regretté ces années passées dans ce pensionnat. Elles ont été les plus belles de ma vie,
malgré l’éloignement familial. Treize ans ! L’âge de l’adolescence où l’on découvre la vie, la transformation de son corps,
les amourettes, les plaisirs, les sorties, la mode, la valeur de l’argent, mais aussi la musique, les mobylettes…
Une révolution venait de voir le jour : la télévision en noir et blanc. Elle entrait progressivement dans les foyers. Nous étions des privilégiés, car nous avions à notre disposition un téléviseur. La jeunesse s’émancipait. Les flirts étaient romantiques. Les rapatriés d’Algérie affluaient, la drogue et le racisme n’existaient pas… Il y avait du travail pour tout le monde. Au château, même si l’uniforme n’était pas de mise, nous recevions une éducation exemplaire. Nous saluions nos professeurs. La morale nous était enseignée. Toutes ces valeurs sont aujourd’hui oubliées, voire bafouées. Le respect des autres disparaît… La musique venue d’outre-Atlantique nous envahissait et prenait une part importante dans notre univers. Nous l’écoutions sur des électrophones Teppaz ou des « transistors ».
La voix Elvis Presley nous chatouillait agréablement les oreilles. Bon nombre d’entre nous écoutait l’émission « Salut les Copains » sur Europe 1, chaque jour à 17 heures. Nous avons assisté à l’émergence de chanteurs français comme Johnny Hallyday, les Chaussettes Noires, les Chats Sauvages, Claude François, Richard Anthony, Adamo… Certains étaient accros aux groupes de rock devenus légendaires : les Beatles, les Rolling Stones… Des chanteuses venaient bousculer les anciennes devenues ringardes. Sheila, Sylvie Vartan, Françoise Hardy arrivaient…. La période « yéyé » quoi ! Les danses à la mode étaient le twist, le madison, le slow et bien entendu le rock and roll… Nous mettions des vêtements dits « du dimanche », mais nous étions attentifs à l’évolution de la mode en lisant les magazines. Pour les filles, la mini-jupe, avec des bottes blanches de chez Courrèges, ou d’amples robes démarrant de la taille… Pour les garçons, les jeans, les chemises noires à pois blancs, et le fameux blouson de cuir noir dont le port avait une connotation négative par comparaison aux bandes de mauvais garçons appelés « blousons noirs » qui en portaient et qui semaient le trouble dans les cités… Une montre Kelton au poignet, le blouson de cuir noir on en imposait ! Nos moyens de transports se limitaient au vélo ou à la mobylette bleue, la voiture n’étant pas comme aujourd’hui démocratisée… Les modèles étaient la 4cv Renault, la Dauphine, la 403, la Panhard… Le général de Gaulle était au pouvoir. Puis la révolution sociale et culturelle de mai 68 est arrivée. La contestation ouvrière et estudiantine était en marche. Toutes les valeurs de l’époque étaient remises en question. L’éducation passait au second plan. Faire l’amour, mais pas la guerre, il était interdit d’interdire comme le prônait Cohn Bendit… Bref, l’avènement d’un monde nouveau où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil… Du rêve, totalement opposé à la dure réalité de la vie…. Que reste-t-il de ces utopies, de ces agitateurs qui ont quitté leur costume  d’anarchiste pour celui d’un bourgeois… Je n’ai aucune nostalgie de ces belles années, car les suivantes m’ont apporté également beaucoup de joie et de bonheur. Juste un flash back. Les années passent. Chaque époque de la vie a son charme.
Celles des années 60 sont bien loin… et surannées….

C. HOMBERT
Juin 2012