LA CRISE

Sans être un expert dans le domaine de l’économie ou de la finance, force est de constater que la crise financière
a eu pour conséquence une autre crise, économique celle-là. Celle-ci engendrant à son tour une crise sociale.
Ce mécanisme était parfaitement prévisible, mais les analystes financiers refusaient de l'admettre. En outre, il n'était pas
de l'intérêt des hommes politiques, des Etats et autres lobbies, d'entretenir un climat alarmiste et de remettre en cause
notre modèle économique.
Un monde qui vit de plus en plus à crédit, ne peut prospérer éternellement. Il y a 40 ans, les individus, les collectivités, les
Etats, dépensaient l'argent qu'ils possédaient, maintenant, ils dépensent celui qu'ils n'ont pas. Le château de cartes,
construit avec le crédit, devait bien s’écrouler un jour.
Pour faire fonctionner l’économie, les banques sont indispensables. Leur vocation est de prêter de l'argent aux particuliers,
mais également aux entreprises. Pour ces dernières, cet argent leur permet d'investir afin de créer de l'activité, de la richesse,
donc de l'emploi. Les prêts servent également aux collectivités territoriales afin qu'elles se développent et transforment les régions.
Enfin, l'argent prêté aux particuliers est indispensable. Il leur permet d'acheter des biens immobiliers ou de consommation.
Les banques ou organismes de crédit ont bien fait leur métier, trop bien d’ailleurs : celui de prêter de l'argent, mais ils se sont
détournés de leur vocation première en spéculant outrageusement sur les prêts consentis.
Au fil des années, leurs encours, c'est à dire l'argent prêté à leurs clients, ont atteint des sommes incommensurables !
Toutes les banques ont adhéré à ce concept, aveuglées par les profits faciles. Seuls les Cassandre, lançaient des cris d’alarme,
mais on ne les écoutait pas.
Les premiers signes avant coureurs sont venus des Etats-Unis. Comme le crédit, dans ce grand pays, est pratiquement illimité,
les particuliers, conditionnés, en ont abusé sans retenue, sans réfléchir aux conséquences catastrophiques si d'aventure, ils
étaient amenés à ne plus pouvoir rembourser leurs prêts. Ils se disaient que quelqu'un se substituerait bien à eux pour rembourser les dettes en cas de défaillance. Devant tant d'insouciance et de candeur, les Américains se sont endettés de plus en plus, à tel point que parfois, les remboursements mensuels de leurs dettes devenaient supérieurs à leurs revenus !
Pour un Etat ou une collectivité locale, ce déséquilibre ne porte aucune conséquence : il suffit d'augmenter les impôts l'année suivante pour combler le déficit, mais pour le particulier, il n’en est pas de même : il faut rembourser les banques ! Si celles-ci n'arrivent pas à recouvrer les sommes prêtées, elles peuvent péricliter. Comme les états ne le souhaitent pas, ils les renflouent...
Beaucoup d’endettés Américains ont voulu vendre leur maison pour rembourser leurs emprunts, mais comme personne ne pouvait les racheter, les banques se sont retrouvées avec des encours colossaux et en même temps, propriétaires d’un patrimoine immobilier difficilement vendable, car trop dévalué.
Voilà comment, la crise des "subprimes" est née, entraînant des conséquences néfastes sur l'économie mondiale.
Alors à qui la faute : aux banques qui ont trop prêté ? Aux particuliers qui ont trop abusé du crédit ? Aux états qui ont laissé faire ?
Est-il normal qu'une banque prête à son client 120% du montant de l'achat d'un bien immobilier sans connaître sa capacité de
remboursement ? L'organisme prêteur se dit que tôt ou tard, l'argent rentrera... Cette philosophie de gestion n’est pas sérieuse.
Autre perversité : est-il normal que des particuliers contractent un prêt pour partir en vacances, ou signent des contrats de crédit
revolving qui leur permettent d'obtenir des liquidités permanentes ?
Pour mieux comprendre le mécanisme, voici un exemple concret de cette irrationalité. Si un individu emprunte une somme d'argent relativement importante pour acheter une maison et que le remboursement des mensualités s'élève à 30 % de ses revenus pendant  20 ans, il n’aura pas de problème pour rembourser son emprunt. Du moins tant qu'il ne modifia pas son train de vie ou qu'aucun  élément extérieur, une perte de revenus par exemple, ne vienne déséquilibrer son budget. Si les emprunteurs respectaient cette règle élémentaire de bon sens, le surendettement n'existerait pas.
Imaginons maintenant que cette même personne n'arrive plus à rembourser son prêt parce son budget se trouve déséquilibré par des dépenses inconsidérées dans des domaines non indispensables, la rupture sera inévitable. Pour s'en sortir, elle se verra dans l'obligation de vendre sa maison ou de rembourser sa dette... en empruntant. Paradoxal non ? Dans ce cas, sa charge sera moindre mais plus étalée dans le temps. Cette philosophie a ses adeptes. La spirale va devenir infernale et à ce rythme, l’emprunteur va s’endetter jusqu'à sa mort. Ses enfants prendront le relais…
Dans les pays en voie de développement, l'introduction du micro crédit risque à terme également de faire les mêmes ravages.
Au nom d'une certaine équité, il semble normal d'accorder des petits prêts aux personnes qui n'ont pratiquement pas d'argent,
pour qu'elles améliorent leurs conditions de vie et profitent elles aussi de la société de consommation, mais comme la masse
du crédit accordé à ces personnes sera colossale à un moment donné, des conséquences fâcheuses sont prévisibles...
Pour faire face à la crise, les Etats ont donc décidé pour la plupart, de relancer la machine économique par leur intervention dans le secteur bancaire et celui de l'automobile. La France a injecté de l'argent pour relancer les grands travaux, sans vraiment s'inquiéter de son endettement qui va prendre des proportions démentielles. Mais qui va payer la facture ?
A la question posée, la réponse est élusive. Il sera toujours temps d'agir. Singulier pragmatisme de la part de nos dirigeants...
Et pourtant, il faut bien relancer l'activité économique donc la croissance, si l’on veut profiter des effets positifs de notre
modèle économique....
Le capitalisme a encore de beaux jours devant lui, enfin pour ceux qui en profitent, si aucune règle, aucune loi ne vient l’encadrer...
Il n’est pas sûr que tirions la leçon de ces excès d'endettements qui génèrent tant de déconvenues et de désenchantements.

C. HOMBERT
Mai 2009