L’EXTERNALISATION DES TACHES

Les emplois industriels s’amenuisent inexorablement et ce, dans tous les pays industrialisés, où le coût de la
main d’œuvre est plus élevé que dans les pays dits « émergents ». Ces pays, dont les entreprises utilisent de la
main d’œuvre à bon marché, emploient des hommes ou des femmes qui veulent travailler sans chercher à savoir
s’ils sont exploités ou non et si leur salaire est inférieur à la rémunération des ouvriers occidentaux qui assurent
le même travail.Leur seul objectif est d’améliorer leurs conditions de vie. Tant que l’écart salarial entre les salariés
des pays économiquement forts et ceux en voie de développement subsistera, les entreprises continueront à transférer
leurs usines dans les pays à bas coûts sociaux.
Si ces délocalisations entraînent inévitablement des suppressions d’emplois industriels, d’autres sont occasionnées
par un autre phénomène : l’externalisation des services, vers d'autres pays d'Afrique du Nord notamment, mais aussi
vers les consommateurs que nous sommes.
Le travail externalisé consiste à transférer du travail rébarbatif, improductif, vers des entreprises sous traitantes
ou des tiers...
Les tâches sont nombreuses : dans le secteur bancaire par exemple, il y a bien longtemps que les banques sous-traitent
la gestion des flux d’argent (espèces, traitement des chèques…). Ce travail ennuyant et fastidieux n’intéresse plus les
banquiers dont la vocation première est de gagner de l’argent en prêtant ; ils veulent se consacrer uniquement à cette activité.
Et pour être encore plus compétitifs, grâce aux nouvelles technologies de communication, ces organismes financiers créent leurs
propres filiales de banques en ligne. Elles sont de plus en plus nombreuses. Qui n’a pas entendu parler de B-Forbank,
Boursorama, Hsbc, Monabank, Ingdirect, Fortuéno….. ?
Ces banques sont pratiques, réactives et simples d’utilisation pour les tâches relativement courantes, notamment pour la
gestion des comptes courants. En outre, les clients ne se déplacent plus et n’attentent plus aux guichets. Ils se simplifient la vie.
Les clients que nous sommes, télérèglent, font des virements, consultent leurs avoirs bancaires à l'aide de leur odinateur...
Voilà une belle illustration de transfert de charges de travail d’un fournisseur vers un client.
Dans l’avenir, les locaux des banques ne seront plus qu’un simple relais dans lequel un ou deux préposés seront présents.
Et encore faudra-t-il prendre rendez-vous avec eux pour régler des problèmes d’intendance ou demander conseil…
L’externalisation du travail, cette conception rationnelle pour une meilleure gestion, ayant pour but la réduction des coûts,
est également adoptée par bon nombre d’entreprises commerciales. Les sites internet d'achat en ligne sont maintenant
nombreux et utilisés par un grand nombre de personnes.
L’acheteur ou le consommateur que nous sommes, va par ce biais, contribuer indirectement à supprimer des emplois.
D’un simple clic, il va déclencher une logistique entièrement automatisée, entraînant peu d’interventions humaines.
Voici une autre illustration d’externalisation.
En renouvelant mon abonnement à une revue de programmes TV, je me suis connecté sur le site internet de l'entreprise.
Ensuite, j’ai rempli le formulaire de réabonnement, saisi mon numéro de carte bancaire, puis j’ai validé ma demande de
réabonnement en moins d'une minute. Sans le savoir, j'ai déclenché toute une série de tâches automatisées :
j’ai versé à la banque de la revue le montant de mon réabonnement, et j'ai mis en place chaque semaine, le processus de
conditionnement du magazine, de son adressage et de son transfert vers un dépôt à la Poste. Le dernier maillon de la chaîne,
le facteur, effectuera le service de livraison à mon domicile.
Mis à part les informaticiens qui ont élaboré et qui maintiennent les programmes informatiques (si le travail n’est pas sous-traité),
peu de salariés de l’entreprise éditant la revue seront intervenus. L’automatisation des tâches voulu par un tiers (le client), a donc
bien occasionné la suppression d’emplois de personnes, qui chacune à leur niveau, intervenait dans la préparation et
l’acheminement de ma revue.
Le même schéma est observé si l’on effectue une commande aux sociétés de ventes en ligne.
Idem quand on fait un don à une association. Si je clique sur le site Fondation de France, je vais saisir le montant de mon don,
puis mon numéro de carte bancaire. La transaction sera instantanée sans aucune intervention humaine.
Plus d’envoi de chèque. Personne n'ouvrira la lettre pour en extraire le chèque, inscrire ce dernier sur un bordereau de remise
de chèques et déposer l’enveloppe à la banque qui  les traitera... Quelles économies !
Tous ces métiers, pas forcément valorisant, continueront de disparaître irrémédiablement. Dans ces conditions, il deviendra de
plus en plus difficile de préserver des emplois, sachant que leur perte n’est pas compensée par la création de nouveaux.
Ce constat découle bien entendu du progrès auquel nous sommes tous sensibles, mais malheureusement, les effets positifs et
négatifs de la modernisation ne changeront pas les choses malgré nos critiques, voire nos révoltes.
Certains d’entre nous regrettent peut-être les pompistes, qui, dans les années 70, remplissaient les réservoirs d’essence
de nos voitures…

C. HOMBERT - Janvier 2010