RAIMBOW WARRIOR

L'affaire du Raimbow Warrior fit couler beaucoup d'encre. Ce bateau qui mouillait dans le port d'Auckland en Nouvelle Zélande,
appartenait à l'organisation internationale Greenpeace. Alors qu'il appareillait pour les îles de Mururoa, une violente explosion
l'échoua sur place.

Le but de la mission des écologistes embarqués à bord était de manifester leur opposition en essayant d'investir cet atoll du
Pacifique où sont réalisées nos expérimentations nucléaires souterraines.

La police néo-zélandaise - par on ne sait trop quel hasard - arrêta sur le champ deux suspects possédant un passeport suisse.
Après vérification, celle-ci constata qu'il s'agissait de ressortissants français faisant partie des services secrets de notre pays !

L'affaire prit des proportions telles que François Mitterrand décida de nommer un haut fonctionnaire - monsieur Tricot - pour qu'il
effectue une enquête et fasse toute la lumière sur ce sabotage.

Le rapport demandé par le Président de la République se justifiait pour deux raisons :

- éviter que la France ne perde pas la face aux yeux de l'opinion publique internationale ;

- rassurer les Français et ne pas entamer la crédibilité du chef de l'Etat.

Monsieur Tricot qui avait les pleins pouvoirs, mena donc sa mission en trois semaines. Une fois son rapport terminé, celui-ci
fit apparaître que les services secrets français n'avaient pas participé au sabotage du Raimbow Warrior. Certes des agents d'observations étaient présents depuis l'arrivée du bateau en Nouvelle-Zélande, mais en aucune manière un agent n'avait commis un tel acte, contraire à la convention des Droits de l'Homme. Rappelons que ce sabotage a fait une victime : un journaliste portugais qui se trouvait à bord.

A la fin de son rapport, monsieur Tricot réclama néanmoins un complément d'enquête, car il n'était pas allé en Nouvelle-Zélande interroger les suspects et n'avait pas eu de contacts avec la police de ce pays. En outre, il n'était pas sûr que les fonctionnaires qu'il aurait questionnés lui eussent tenu un langage de vérité.


Rebondissement quelques semaines suivantes : le journal le Monde faisait état de nouveaux éléments accréditant la thèse de
l'implication des services secrets dans l'affaire. Devant ces affirmations accablantes et probantes, le gouvernement fit volte face et décida de ne plus cacher la vérité. Il reconnut publiquement la France comme étant responsable du sabotage.

C'est vrai que l'organisation Greenpeace gêne et dérange. Elle n'empêche pas bien sûr l'accomplissement de nos expériences nucléaires, mais la marine nationale a déjà dû arraisonner plusieurs fois des bateaux appartenant aux écologistes.

Notre pays, pour développer et renforcer sa force de frappe, vitale pour garantir notre indépendance, se doit d'effectuer des essais
nucléaires (au même titre que les Soviétiques en Sibérie ou les Américains dans le Nevada). Toutes les précautions sont prises pour que ceux-ci se passent sans problème et en toute sécurité. Jusqu'à présent cela a toujours été le cas et ce n'est pas une association ou un groupe qui se prétend apolitique, écologique ou tout ce que l'on voudra qui dictera à la France la politique qu'elle doit mener en la matière.

Que Greenpeace s'oppose aux destructions des baleines ou des bébés phoques, c'est son droit le plus strict, mais qu'elle veuille
contrecarrer nos expériences nucléaires en venant espionner à l'intérieur d'un périmètre marin rigoureusement interdit, les bornes sont dépassées. (le Raimbow Warrior avait à son bord du matériel scientifique très sophistiqué). En outre, Greenpeace, c'est de notoriété publique, est soutenue par Moscou. Il est donc normal d'être méfiant et vigilant à l'égard de cette association, car ses missions ne sont pas toujours innocentes et si écologiques que l'on croit.

Les Français sont donc coupables de sabotage, eh bien tant pis ! La mission confiée aux agents secrets a lamentablement échoué, c'est vrai, mais beaucoup d'affaires de ce genre n'ont jamais eu d'écho et personne n'en parle. Quand un journal lance une telle bombe, avec pour étayer ses affirmations, des éléments d'informations sûrs, obtenues de fonctionnaires en place ne respectant pas l'obligation de réserve à laquelle ils sont tenus, il y a forcément des retombées. Même si le désaveu du pouvoir est préjudiciable pour la France, on oubliera avec le temps cette péripétie de l'Histoire.

C. HOMBERT
Octobre 1985