LES INDISPENSABLES

Depuis la nuit des temps, certains hommes ont cette prétention de se croire indispensables. Dans tous les domaines :
la culture, la politique, les médias, l’industrie, le monde de la finance…
Ils occupent la plupart du temps des postes importants, voire stratégiques dans leur fonctions. Parfois, ils sont encensés ou
couverts de louanges, mais ils s’exposent aussi aux critiques de leurs détracteurs. Leurs propos, leurs gestes, sont passés au
crible et analysés. Leurs attitudes peuvent parfois être lourdes de conséquences.
Dans le domaine des médias, Michel Drucker, affirme dans le livre qu’il vient d’écrire, qu’il ne prendra jamais sa retraite.
Quand ce jour arrivera, - il n’y pense même pas - la vie aura perdu tout son sens…
A la radio Philippe Bouvard continue allègrement d’année en année, d’animer quotidiennement son émission les
« Grosses têtes ».
Il est hors de question d’arrêter, contrairement à ce qu’il avait laissé entendre il y a quelques années quand RTL, la radio qui l’emploie, l’avait évincé pour cause de modernisation de la grille des programmes et d’un rajeunissement des animateurs.
Le taux d’audience ayant chuté, la direction le rappela. Remis en selle par ce revirement, il fut ainsi conforté dans ses convictions : être indispensable.                                                                                                                      
Jadis, Léon Zitrone, un grand pilier de la télévision, présenta le journal d’informations pendant 20 ans ! Parallèlement, il animait la célèbre émission « Intervilles ». Il assurait également les commentaires des défilés militaires, des mariages princiers, des enterrements des grands de ce monde et autres événements. Lui non plus ne souhaitait pas quitter cette grande maison appelée l’O.R.T.F à l’époque.
Il aura été pendant plusieurs décennies, l’homme incontournable de la télévision. Après avoir occupé 40 ans le petit écran, il s’est éteint à 81  ans. La télévision continue… malgré cet indispensable.
Autre figure prétentieuse : Thierry Roland. Mis à l’écart de la grande chaîne généraliste TF1, il est revenu par la petite porte pour
commenter le football sur M6. Certes la chaîne à une audience nettement moins importante que la première chaîne de France,
mais peu importe, il s’accroche en espérant que Dieu lui préserve la santé encore longtemps.
Dans un autre domaine, celui artistique, Tino Rossi s’est lui aussi accroché à ses illusions pour rester l’éternel chanteur de charme.
Sa voix si claire, si pure, s’est transformée avec l’âge, mais peu lui importait, le nom générait toujours de l’argent. Alors pourquoi
battre en retraite ?
Notre Johnny national par contre, est beaucoup plus clairvoyant. Dernièrement, il annonçait qu’il ne monterait plus sur une scène
en 2009, de peur de devenir un chanteur pathétique selon sa propre expression. Lui, dont les caricatures ne sont pas souvent
complaisantes à son endroit, a cette intelligence d’esprit de s’effacer progressivement, même s’il n’exclu pas des enregistrement,
en studio.
Toujours dans le domaine des médias, le célèbre rugbyman Pierre Albaladéjo, dans les  années 60. Reconverti reporter
à la télévision, puis à la radio, a eu lui aussi la sagesse d’esprit de mettre un terme à sa carrière de chroniqueur. Il a pris sa
retraite à l’âge de 74 ans.
Il y a donc des sages qui estiment avoir fait leur temps et préfèrent laisser la place aux autres, qui à leur tour connaîtront la célébrité.
Dans le domaine sportif, les champions voudraient bien durer, mais malheureusement la retraite s’amorce assez rapidement,
car l’usure du corps met fin à toute ambition de perdurer.
En politique, Marcel Dassault aura été un exemple de longévité bien inutile : à l’âge de  94 ans, il siégeait encore à l’Assemblé Nationale. !
Il fallait pratiquement l’aider pour voter ! Inconcevable et pourtant… Mais en politique c’est bien connu, les élus aiment poursuivre
indéfiniment leur mandat.
Dans le monde de l’industrie, après avoir passé 14 ans à la tête de Peugeot, Jacques Calvet âgé de 66 ans, briguait un nouveau mandat. Ben voyons ! Les administrateurs de l’entreprise lui ont fait comprendre qu’il fallait passer la main. Il n’a pas apprécié. L’entreprise continue son expansion… sans lui.
Pour achever cette réflexion sur les indispensables dont les cimetières regorgent, un illustre journaliste laisse entendre que la retraite n’est pas encore pour demain. Patrick Poivre d’Armor,  présentateur vedette du JT de 20 heures sur TF1 depuis 1987, affirme à ceux qui l’interrogent, que la retraite, il y pense… mais n’est pas encore prêt pour décrocher. La chaîne mettra peut-être un terme à sa carrière plus tôt qu’il ne le pense…
Alors qu’est-ce qui fait courir tous ces indispensables ? L’orgueil ? L’égocentrisme ? Le narcissisme ? La vanité ? Le confortable statut social qui leur offre d’énormes avantages financiers inhérents à la fonction ?
Rester au pinacle de la glorification, apparaître continuellement dans la lumière, au firmament, ressemble finalement à une addiction, une forme d’exaltation suprême.

C. HOMBERT
Javier 2008