IL A PAYE POUR SES CRIMES

Encore un tyran exécuté. Un de plus dans la longue liste des despotes qui gouvernent certains pays de notre monde.
Saddam Hussein n'a pas été exécuté lors d'un soulèvement de son peuple, ni par des factions rebelles ou par un complot
machiavélique de personnes voulant le renverser. Traqué par les forces de coalition internationale, il a été arrêté, emprisonné,
jugé et condamné par son peuple, pour le massacre des 148 chiites un jour de juillet en 1982 à Doudjaïl.
Cette unique condamnation a entraîné ipso facto l'annulation de tous ses autres procès.
Il avait perpétré ce massacre, en réponse à l'attentat dont il avait fait l'objet lors d'une visite régionale.  Certes, les Sunnites
et les partisans du parti Baas contesteront le jugement rendu par les tribunaux irakiens, mais il sanctionne les exactions et les
atrocités qu’il a commises durant son règne et qui marqueront à jamais l'Histoire de ce pays.
Saddam Hussein a été l'un des plus grands tyrans du siècle passé. Il prend le pouvoir en 1979, dans des conditions qui restent
encore obscures, puisque sans raison apparente, le président en exercice Bakr démissionne...
Dès son installation, il déclare la guerre à l'Iran en 1980. Elle va durer 10 ans. Elle fera 1 million de morts de part et d'autre !
Puis commencent l'oppression et les forfaitures. En 1983, il fait tuer 8000 personnes de la tribu Barzani. En 1987/1988, quelque
182000 personnes sont tuées au cours d'une campagne de déplacement massif des populations Kurdes du Nord vers le Sud
du pays. En 1988, l'aviation irakienne largue sur Halabja des produits chimiques. 5000 Kurdes irakiens seront tués en quelques
minutes par le déversmement de gaz toxiques. En 1990, il envahit le Koweït. Cette dernière agression, condamnée par la
communauté internationale, l’isole encore un peu plus politiquement.
Mais il continue néanmoins les exactions et tortures sur tous les opposants, ou supposés l'être. En 1991, un soulèvement chiite
dans le Sud du pays est sévèrement réprimé, faisant des milliers de victimes. On ne compte pas bien entendu les nombreuses
personnalités ou dirigeants chiites, opposants au régime, qui disparaissent mystérieusement. Oligarque, il contrôle totalement le
pays en y faisant régner la terreur.
Mais tous les règnes des despotes au pouvoir et leur démesure ont une fin et ils payent un jour pour leurs forfaits.
Hussein, a lui été pendu. Evénement très médiatisé, les partisans de l’abolition de la peine de mort profitent de cette exécution,
un peu barbare il est vrai, pour relancer le débat sur la peine capitale. Mais que l'on n’y soit partisan ou non, il faut reconnaître
que les circonstances ne plaident guère en la faveur de sa suppression. Les atrocités et actes de barbarie que le condamné a fait
subir à ses victimes, sont trop factuels. Cette condamnation à mort a valeur d'exemple.
Et puis, quel intérêt de laisser croupir dans une prison, pour le restant de ses jours, un individu aussi immoral et pervers ?
Après vingt ans de règne despotique, l'ancien raïs a payé pour ses crimes.
Même si Saddam Hussein a torturé, exécuté, agressé avec une barbarie sans limite des milliers de personnes, on peut déplorer
sa mise à mort diffusée par internet. En effet, une vidéo intégrale de son exécution, prise par un téléphone portable, montre la
pendaison dans le monde entier. Voir ce grand corps suspendu à une corde, avait quelque chose d’indécent, voir de sadique.
L’image de la trappe qui s’ouvre pour laisser tomber le supplicié, n’est pas un spectacle à montrer. On ne peut rester insensible
devant celui-ci. Et pour donner encore plus de densité au spectacle morbide, la vidéo était sonore ! On pouvait entendre
les bourreaux proférer des propos virulents et vindicatifs à l’encontre du condamné, conséquence des humiliations et de
l'oppression subies pendant des années…
Certes, Saddam Hussein n’a jamais eu d' états d’âme et de remords pour massacrer des milliers de personnes, mais il n’en
reste pas moins un être humain. Une exécution, quelle qu’elle soit, ne mérite pas une médiatisation.
Après tant d’années de tyrannie, l’Irak découvre un nouveau régime. Sur fond de violence, car les rivalités et les rancœurs
entres les partis baas, sunnite et kurde ne sont pas prêtes de s’apaiser.
La démocratie sera difficile à mettre en place, d’autant plus que dans ces pays du Moyen-Orient, les monarchies s’effacent
souvent au profit de régimes totalitaires...
L’Irak devra pourtant surmonter ses difficultés et s’interroger : vaut-il mieux être dirigé par un tyran, par des fondamentalistes,
par une démocratie ? Les mouvements religieux doivent prendre conscience qu'il est inutile de s’entre tuer au nom d’une idéologie…
Pendu le 30 décembre 2006, le raïs a été enterré dans son village de Tikrīt, auprès de ses deux fils, Qoussaï et Oudaï,
tués au cours de bombardements par les forces de coalition.

C. HOMBERT - janvier 2007