L'ARGENT FACE AUX SENTIMENTS

L'intérêt, voir la cupidité a toujours suscité et déclenché des passions chez les hommes. Ces dispositions d'esprit se révèlent, entre autres, lors d’héritages ou successions, dont certains peuvent parfois s'avérer injustes, voire controversés.

Injustes, quand par exemple, le décès d'un membre d'un couple sans enfant, va entraîner le transfert de la part de ses biens, acquits dans le cadre de la communauté, vers son conjoint. Quand celui-ci décédera à son tour, son patrimoine sera légué à sa famille et non à celle de la première personne défunte. Est-ce bien normal ?
Mais certains héritages, alors qu’ils ne sont pas encore prononcés, peuvent soulever des controverses. Démonstration : le dernier survivant d'un couple qui possède une somme d'argent relativement importante, est parfois l'objet de toutes les attentions des héritiers, plus par intérêt que par charité humaine.

En effet, ce dernier parent survivant, peut être amené à dépenser inconsidérément son argent, à son corps défendant ou par commodité. Ces dépenses supplémentaires de confort en achats ou en services inutiles, ne sont pas forcément bien perçues par les enfants. Et quand la personne nécessite un placement dans une maison de retraite médicalisée, où les coûts d'hébergement sont beaucoup plus élevés que ceux d'une maison de repos classique, les héritiers commencent à s’inquiéter, car ces charges soudaines, entament leur futur capital. Et si d'aventure celui-ci est absorbé, il leur sera demandé une participation financière pour subvenir aux frais d'hébergement.

Cette situation peut générer des conflits familiaux ou en réveiller d'autres, quand le placement en maison médicalisée est remis en cause par certains à cause du coût. Ils éprouvent alors, de moins en moins d'affection pour leurs parents, trop obnubilés par l'argent.

Ces circonstances amènent parfois les enfants à rompre définitivement avec un passé qu'ils refusent de reconnaître : les problèmes, les difficultés qu’ont eu leurs parents pour les élever et les éduquer, l'amour et la tendresse qu'ils leur ont donnés…

Ils estiment qu'ils ont fait leur vie ; ils la finissent. Eux, font la leur. Ils surmontent au quotidien leurs propres difficultés, leurs problèmes de santé, ceux de leurs enfants. Ils sont anxieux pour leur avenir, craignent pour leur emploi, sont confrontés aux soucis financiers… Ainsi va la vie. Toutes ces considérations laissent peu de place aux sentiments portés aux parents… sauf si ceux-ci possèdent un capital, fût-il modeste.

Les enfants privilégient leur vie familiale et préservent leur petite communauté. Ils ne sont pas concernés par les préoccupations de dépendance ou de détresse morale, liées à l'âge, de leurs propres parents.

Alors qu'une loi sur l'obligation alimentaire existe, les héritiers ne sont pas toujours d'accord pour qu'elle s'applique à eux et parfois, ils l'expriment avec véhémence. La loi, c'est pour les autres. L'Etat Providence doit prendre en charge les frais d'assistance aux personnes âgées.

Pour ajouter encore un peu plus d'animosité entre les héritiers, le calcul de l'obligation alimentaire est proportionnel au statut social. En clair, aux revenus des intéressés. De fortes dissensions sont donc ainsi créées. Si, ceux à faibles revenus, admettent la proportionnalité de la pension selon les ressources, ceux aux revenus supérieurs, ne pas d’accord pour payer plus que les autres.

Une autre singularité qui fâche : la prise en compte des revenus du conjoint de l'héritier qui travaille, et qui doit donc donner une partie de son salaire pour une personne avec qui aucun lien de descendance existe…

Si les enfants appartiennent pour parité aux parents, il serait logique que ce principe d'égalité s'applique également pour la détermination de la participation financière demandée aux héritiers. Cette vision sur le sujet sera forcément controversée...

Deuxième singularité : toutes les sources de revenus ne sont pas forcément prises en compte. Dans ces conditions, le climat entre héritiers devient vraiment hostile.

Nous avons sans doute, pour la plupart d'entre nous, assistés à ce genre de déchirements dans des familles proches de notre entourage, mais indifférents, nous n'y prêtions guère attention. Et pourtant, il se peut qu'un jour, les circonstances de la vie, nous amènent à être confrontés à cette circonstance, dans laquelle les sentiments humains, face à l'argent ne pèsent pas lourd.


C. HOMBERT
août 2006