UNE CUPIDITE IRRAISONNEE

Antoine Zacharias, Président Directeur Général de la première entreprise mondiale de B.T.P., Vinci, a été contraint de démissionner. Nommé à la tête de la grande entreprise en 1997, il avait su pourtant la manager avec brio. Il s'était fortement investi pour tirer l'entreprise vers le haut et lui donner une stature de dimension internationale. Ses compétences étaient reconnues.

La retraite commençant à se profiler à l'horizon, (il a aujourd’hui 68 ans), Zacharias, prévoyant, décide d'assurer ses arrières. Au fil des ans, il se confectionne progressivement un incroyable portefeuille de valeurs.
Son salaire étant variable, calculé en fonction des opérations commerciales ou financières réalisées. En outre, il s'octroie des stocks options, des primes faramineuses, des bonus, sans oublier enfin, de se faire voter par le conseil d'administration, un confortable package de retraite.

On parle d'avantages avoisinant les 250 millions d'euros ! Avec de tels privilèges, il était urgent d'attendre pour passer le relais. Et pour cause…

Seulement, depuis quelque temps, son dauphin, (qu'il avait nommé), trouve anormal tous ces avantages. Les deux hommes entrent en conflit. La mésentente est telle, qu'elle menace le bon fonctionnement de l'entreprise.

Pour crever l'abcès, Xavier Huillard, le dauphin, demande donc la réunion extraordinaire du conseil d'administration, pour trancher sur le différent qui les oppose : il accuse son patron d'enrichissement personnel.

En dix ans Antoine Zacharias, au passage, pas tellement apprécié par ses pairs du MEDEF, s'était construit sur le dos de Vinci, une véritable fortune.

Mais trop c’est trop. La goutte qui fait déborder le vase, c'est la prime de 8 millions d'euros qu'il veut s'octroyer pour avoir réussi une importante transaction financière : le rachat des autoroutes du Sud de la France.

Devant de tels agissements, le conseil d'administration décide donc la mesure de "remerciement".

Que penser de la cupidité d’un homme, chargé de diriger une grande entreprise ? A l'instar de Jean Marié Messier, charismatique P.D.G de Vivendi, maintenant éclatée, Antoine Zacharias, a lui aussi soudainement été atteint par cette avidité : le désir irraisonné pour l’argent.

Mais qui pousse donc ces influents personnages à la cupidité, qu'ils soient gouvernants, capitaines d'industrie ou financiers ?

Certains sont épris de gloire, de pouvoir, veulent être reconnus par la Société, d'autres ont une passion immodérée pour l'argent…

Cet étrange comportement n'est pas surprenant. Notre Histoire de France peut en témoigner. Même si les livres n'en font pas état, les malversations à des fins d'enrichissement personnel, des différents ministres des Finances de Louis XIV, ne sont pas légendaires. Outre les grandes réformes dont ils ont été les initiateurs, Fouquet, Colbert et Mazarin, se sont effrontément enrichis aux dépens du peuple...

Au vingtième siècle, nous ne sommes plus sous un régime de monarque mais notre démocratie, nous apporte également son lot d'illustres personnages qui s’enrichissent démesurément.

Certains sont emblématiques, d'autres plus anonymes. Sur le plan politique, l'un des plus fabuleux personnages s'appelle Sylvio Berlusconi, pratiquement propriétaire de l'Italie… Beaucoup d'actions en justice sont entamées à son endroit. Sera-t-il condamné un jour ? C'est une autre histoire… car l'homme de Droite mélange habilement les affaires et la politique.

Autre exemple, mais pour un homme de Gauche cette fois ici. Fidel Castro, l’indéboulonnable dictateur communiste de Cuba, détiendrait selon une revue économique américaine spécialisée, l’une des plus grandes fortunes du monde. Lui aussi, est pratiquement propriétaire de son île.

Dans le monde des affaires, on ne compte plus les Emirs du moyen Orient, les nouveaux rastaquouères de Russie qui se sont partagé les sociétés dénationalisées par Boris Eltsine. Pour eux également, la démesure est de mise.

L'enrichissement est une chose tout à fait légitime. C'est la concrétisation du travail accompli selon son importance. Tout individu travaille pour subvenir à ses besoins matériels, mais aussi pour s'enrichir dans le respect des règles, qu’elles soient commerciales ou morales. Pas toujours facile de résister aux tentations et aux excès quand on a une éminente position sociale.

Ces débordements sont bien entendu profondément intolérables et immorales… mais en affaire, si l'on commence à se soucier de la morale, on ne réussi jamais. On ne changera pas ses mœurs ancestrales. C’est dans la nature humaine.

C. HOMBERT

Juin 2006